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Hôtel de la Tribu des Marchands

Hôtel de la Tribu des Marchands

29, rue des Serruriers ,1 rue du Miroir 5, rue Gutenberg, Strasbourg

L'Envolée de l'Architecte

L'Hôtel de la Tribu des Marchands, cette adresse multiple à Strasbourg — 29, rue des Serruriers, 1, rue du Miroir, 5, rue Gutenberg — témoigne, par sa seule implantation angulaire, d'une prééminence urbaine significative. Il fut jadis le siège d'une de ces corporations puissantes, véritable colonne vertébrale du tissu économique médiéval et renaissant, et l'architecture en porte encore le sceau, bien que l'édifice ait connu son lot de transformations et d'adaptations. Le classement en monument historique depuis 1984 vient reconnaître non pas une œuvre d'art univoque, mais plutôt une stratification historique d'usages et de styles. À première vue, l'on discerne l'austérité calculée de la pierre de taille des Vosges, ce grès rose qui confère tant de caractère aux façades strasbourgeoises. Les percements, d'une régularité qui confine à la rigidité sur certaines parties, révèlent une attention pragmatique à la lumière et à l'organisation intérieure, propre à un lieu de commerce et d'administration. L'élévation sur rue, sans doute la plus parlante, présente des traits caractéristiques de l'architecture civile de la fin de la Renaissance ou du début du Baroque rhénan. On peut y observer des fenêtres à meneaux ou croisillons, sagement alignées sur plusieurs niveaux, encadrées de chambranles simples mais bien dessinés. Les corniches filantes soulignent horizontalement la hiérarchie des étages. Le rapport entre le plein, formé par la masse de grès, et le vide des ouvertures est ainsi orchestré pour exprimer une force tranquille, une assise financière et institutionnelle. L'entrée principale, plus élaborée, devait autrefois arborer des symboles liés à la guilde des marchands : écus gravés, outils stylisés, autant de marqueurs d'identité et de prestige. L'édifice, par sa morphologie typique des hôtels particuliers urbains, devait s'articuler autour d'une cour intérieure, espace tampon entre la rumeur de la rue et l'activité plus discrète des transactions et du stockage. Cette cour, si elle était accessible, offrait un contraste saisissant : des façades plus fonctionnelles, peut-être même quelques éléments de colombages discrets, révélant la superposition des époques et des modes constructifs. Il est dit que durant le XVIIe siècle, un des maîtres d'œuvre, un certain Hans Schmidt, réputé pour sa rigueur, refusa d'incorporer des ornements trop flamboyants sur la façade principale, arguant que la vertu du commerce résidait dans la solidité et non dans la vanité. Cette anecdote, si elle est avérée, en dit long sur la mentalité de l'époque et sur la réception de l'architecture. L'Hôtel de la Tribu n'était pas un palais pour princes, mais un instrument de pouvoir économique, dont l'esthétique se devait d'être sérieuse et respectable. Il n'a jamais cherché à séduire par la fioriture, mais à impressionner par la masse et la pérennité.