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Hôtel de Ségur

Hôtel de Ségur

22 place Vendôme, Paris 1er

L'Envolée de l'Architecte

L'Hôtel de Ségur, ou de Courtonne, se dresse au pan coupé nord-est de la Place Vendôme, s'intégrant discrètement à cet ordonnancement urbain classique dont il est une composante structurelle plutôt qu'une pièce maîtresse singulière. Sa façade, partiellement inscrite aux monuments historiques, participe de la scénographie minérale et homogène voulue par Hardouin-Mansart, même si sa construction relève d'une époque légèrement postérieure. Achevée en 1720 par Jacques V Gabriel – architecte dont la patte, marquée par une certaine rigueur classique, s'exprimera pleinement ailleurs, notamment à Bordeaux avec la Place de la Bourse – cette demeure illustre la typologie de l'hôtel particulier parisien, conçu pour une élite financière et mondaine. L'édifice est un véritable palimpseste de fortunes et d'influences. Son premier propriétaire, le financier écossais John Law de Lauriston, figure emblématique de l'euphorie spéculative et de la déconfiture financière de la Régence, y établit sa résidence au faîte de sa puissance, avant la débâcle de son « Système ». Le fait qu'un tel homme ait fait construire un hôtel sur cette place, symbole de l'ordre royal, juste avant de bouleverser l'ordre économique, n'est pas sans une certaine ironie. Sa revente à la marquise de Parabère, maîtresse du Régent, conféra sans doute au lieu une aura de frivolité et d'intrigues, si caractéristique de la cour de l'époque. À travers les siècles, l'hôtel changea de mains avec une régularité qui témoigne de sa valeur immobilière et de son adaptabilité aux cycles sociaux. De Nicolas-Alexandre de Ségur, président au Parlement de Bordeaux, dont il tire l'un de ses noms, à une succession de fermiers généraux, d'avocats, puis de figures militaires sous l'Empire, jusqu'aux Rothschild au XXe siècle, l'édifice a constamment logé les élites. Il fut même un temps loué à des institutions, comme la Caisse d'escompte ou la Grande Chancellerie de la Légion d'honneur après la destruction de l'hôtel de Salm. Un détail architectural mérite attention : les boiseries du salon dit « Boffrand », réalisées entre 1720 et 1723 par des artisans tels que Taupin, Le Goupil et Desgoulons, et dont l'esthétique rocaille ou de la Régence devait conférer une richesse intérieure certaine. Ces éléments, d'une valeur patrimoniale indiscutable, furent malheureusement démantelés après la Seconde Guerre mondiale et remontés à l'Hôtel de Masseran pour le baron Élie de Rothschild. Cette pratique, courante en un temps où la préservation in situ n'était pas toujours la priorité, illustre la dislocation de l'œuvre et la dispersion de son intégrité conceptuelle, réduisant l'hôtel de Ségur à une enveloppe dont les ornements les plus précieux ont été subtilisés pour d'autres décors. Aujourd'hui, l'hôtel, conjointement avec l'Hôtel Boffrand voisin, est la propriété du groupe Richemont, abritant notamment le joaillier Van Cleef and Arpels. Cette pérennité dans l'usage par des maisons de luxe confirme sa capacité à traverser les âges en conservant un prestige certain, même si sa fonction originelle d'habitation privée a cédé la place à une destinée commerciale de haute volée. L'édifice reste un témoignage discret mais significatif de l'évolution de la propriété parisienne d'exception et de la permanence d'une certaine esthétique urbaine.