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Hôtel du Grand Veneur

Hôtel du Grand Veneur

60 rue de Turenne, Paris 3e

L'Envolée de l'Architecte

L'Hôtel d'Ecquevilly, que l'on nomme plus volontiers Hôtel du Grand Veneur, se déploie discrètement au 60 de la rue de Turenne, dans l'écheveau historique du 3e arrondissement. Sa construction en 1637 le situe à l'aube du classicisme français, alors que l'hôtel particulier parisien cherchait encore à affirmer sa structure duale, entre la rigueur de la façade urbaine et l'intimité du jardin intérieur. Il n'est pas sans ironie de constater la persistance de ces édifices, véritables palimpsestes architecturaux, au gré des vicissitudes des propriétés et des idéologies. L'édifice connut une première expansion significative sous l'impulsion de Claude de Guénégaud en 1646. Ce dernier, non content d'acquérir la propriété, fit preuve d'une ambition territoriale caractéristique en étendant les jardins jusqu'à l'enceinte de Charles V, n'hésitant pas à remodeler le tissu urbain par la suppression d'une partie de la rue Saint-Pierre. Cette entreprise, loin d'être anecdotique, illustre la capacité d'emprise des grands propriétaires sur l'espace citadin, une prérogative qui s'estompera avec le temps. Plus tard, en 1686, le chancelier Louis Boucherat, nouveau maître des lieux, confia l'aménagement paysager à André Le Nôtre. On peut imaginer la précision des tracés, la grandeur des axes et l'implacable symétrie qui devaient caractériser ce jardin, reflet de l'ordre voulu par la monarchie, même si son intégrité fut compromise dès 1708 par l'aliénation d'une partie du terrain pour la création de la rue des Arquebusiers, une transaction dictée par des considérations pragmatiques plus que par une vision d'ensemble. C'est l'acquisition par Vincent Hennequin, marquis d’Ecquevilly et Capitaine général de la vénerie du roi en 1733, qui gravera l'identité la plus marquante de l'hôtel. Le cartouche apposé sur le fronton dès 1734, ainsi que les bas-reliefs ornés de scènes de chasse, visibles depuis la rue du Grand-Veneur, sont une expression manifeste d'un programme iconographique visant à glorifier la fonction et le prestige du propriétaire. Il s'agit là d'une affirmation ostentatoire du statut, une mise en scène architecturale au service du pouvoir et de ses loisirs. La Révolution, prévisiblement, vint rompre cette continuité aristocratique, confisquant l'hôtel avant qu'il ne passe, en 1795, aux mains de la bourgeoisie industrielle, puis, en 1823, à une communauté religieuse, les Dames franciscaines de Sainte-Elisabeth, qui l'occupèrent pendant près d'un siècle. Ce passage du domaine aristocratique au couvent, puis aux espaces commerciaux des Magasins Réunis et, avec une ironie certaine, aux showrooms de salles de bain Jacob Delafon, témoigne de la transformation fonctionnelle de ces demeures d'exception. Elles furent contraintes de s'adapter aux contingences économiques et aux besoins d'une société en mutation, perdant souvent leur âme d'origine au profit d'une utilité plus prosaïque. L'inscription aux monuments historiques en 1927 fut une reconnaissance tardive de sa valeur patrimoniale. Plus récemment, l'installation du galeriste Emmanuel Perrotin en 2014 a conféré à l'hôtel une nouvelle vocation culturelle, réintroduisant une forme de raffinement contemporain dans ces murs chargés d'histoire. L'Hôtel du Grand Veneur n'est donc pas tant un monument figé qu'un témoin éloquent des adaptations forcées et des relectures successives de l'architecture urbaine parisienne.