28 rue Blanchard-Latour, Bordeaux
L'Hôtel Marbotin, édifié en 1770, offre un spécimen éloquent de la chartreuse bordelaise du XVIIIe siècle, témoignage d'une opulence née, parfois, de sources obscures. Conçu pour les Féger, une famille de parlementaires et d'armateurs dont l'engagement dans la traite négrière n'est pas anodin, cet hôtel particulier se dresse, austère et symétrique, rue Blanchard-Latour. Son architecture, d'une composition rectangulaire à double façade, révèle une recherche de la dignité et d'une certaine majesté. Le rez-de-chaussée, sur caves, s'affirme par un accès principal orné d'un escalier à double révolution, dont le palier semi-circulaire invite à une entrée solennelle, tandis qu'une grosse corniche en demi-ronde en ceinture le corps. Au centre de la façade principale, une légère avancée, encadrée de pilastres à refends, scande le rythme. Les clefs des fenêtres, sculptées de coquilles et de figures féminines entrelacées de guirlandes, sont autant de délicates attentions qui nuancent la rigueur de l'ensemble. Autrefois pièce maîtresse d'un vaste domaine, le château de Vincennes, ce lieu fut sous la Restauration un centre de vie mondaine, théâtralisant bals et concerts pour l'agrément des élites. Son destin, cependant, fut de voir son prestige s'effriter avec le temps : dès 1825, une partie de ses terres fut cédée à l'industrialisation, accueillant la première usine à gaz de Bordeaux, prélude à un lotissement ultérieur qui transforma ce qui fut un parc opulent en un quartier plus populaire dès les années 1850. L'inscription de ses façades et toitures aux Monuments Historiques en 1967 n'est qu'un constat tardif de sa valeur, désormais isolé, comme une relique, de son contexte originel et de l'ambition paysagère qui le porta jadis. Il demeure un vestige, un témoignage silencieux des fortunes et des métamorphoses urbaines, une leçon d'histoire économique autant qu'architecturale.