142,boulevard Saint-Denis, Courbevoie
L'architecture des expositions universelles, par sa nature même, est vouée à une certaine fragilité, une vocation éphémère que seuls quelques édifices parviennent, par une conjonction fortuite d'événements et de volontés, à transcender. Le Pavillon des Indes britanniques, curiosité exotique de l'Exposition universelle de 1878 à Paris, en est un exemple éloquent, quoique tardif et passablement altéré. Commandité par le Prince de Galles, futur Édouard VII, il devait symboliser la puissance coloniale et la richesse culturelle d'un empire lointain, une sorte de manifeste architectural, un pastiche orientaliste conçu par Caspar Purdon Clarke pour frapper l'imagination du public parisien. Initialement constitué de deux parties symétriques, aisément démontables comme l'exigeait la logistique de ces gigantesques foires, sa survie est le fruit d'une dissociation et d'une réaffectation singulière. Une moitié, après un transfert peu judicieux vers Paramé, fut victime de l'impitoyable climat marin, détruite par une tempête vers 1905, confirmant la précarité de ces structures légères. L'autre, celle qui nous occupe, connut un destin plus clément, mais non moins transformateur. Acquise par le prince George Barbu Știrbei, elle fut réinstallée à Courbevoie, dans le parc de Bécon, vers 1882-1883, et adossée à une nouvelle demeure en briques, destinée à servir d'atelier pour l'une de ses filles, le peintre Georges Achille-Fould. Cette intégration entraîna une modification architecturale notable, presque absurde : le rez-de-chaussée originel, bénéficiant d'une hauteur sous plafond plus généreuse, devint le premier étage, l'étage noble, tandis que l'ancien premier étage se mua en rez-de-chaussée. Un renversement de la hiérarchie spatiale qui en dit long sur l'adaptabilité – ou le pragmatisme – des propriétaires successifs. L'édifice, principalement en bois de mélèze, se caractérise par la finesse de ses charpentes et la richesse de sa marqueterie, des détails qui devaient sans doute accentuer l'effet d'exotisme au Champ-de-Mars. Son inscription au titre des monuments historiques en 1987 fut un salut pour cette construction fragilisée, ayant connu un affaissement de près de vingt centimètres dans les années 1990. La restauration menée par Frédéric Didier, Architecte en Chef des Monuments Historiques, a eu la sagesse de ne pas céder à la tentation d'une pure reconstitution. Elle a respecté les transformations subies lors de son remontage, reconnaissant ainsi que l'histoire du bâtiment, avec ses altérations et ses compromis, constitue désormais une strate essentielle de son identité. Le pavillon, désormais accolé à une structure plus robuste, propose une dialectique intéressante entre la légèreté de son ossature d'origine et la permanence de la brique qui le soutient, offrant un espace muséal et un atelier pour de jeunes artistes de l'École nationale supérieure des Beaux-Arts, un glissement de la représentation impériale à la création contemporaine, qui n'est pas dénué d'une certaine ironie.