5, rue Sellénick 2-4, rue de Phalsbourg 34, boulevard Clemenceau, Strasbourg
Le Palais des Fêtes, à Strasbourg, témoigne de cette époque où l'architecture s'affirmait comme un manifeste culturel. Initialement baptisé Sängerhaus, cette commande de 1897 par le Straßburger Männer Gesangverein se dressait comme une expression de la vigueur culturelle germanique dans la Neustadt. Sa vocation était limpide : offrir un écrin digne aux concerts et aux rassemblements, un rôle qu'il assuma avec constance durant plusieurs décennies, avant l'avènement du Palais de la Musique et des Congrès. Les architectes, Richard Kuder et Joseph Müller, livrèrent en 1903 un édifice dont la complexité stylistique est révélatrice des tensions de son temps. On y décèle un syncrétisme architectural, où les tourelles et pignons puisent dans un répertoire néo-gothique et néo-renaissance, tandis que les baies et les balcons s'ornent de la fluidité de l'Art Nouveau, préfigurant le style de la grande salle de concert intérieure. Cette juxtaposition des réminiscences historiques et des innovations formelles est caractéristique de l'éclectisme fin-de-siècle, cherchant à concilier grandeur passée et modernité naissante. Sous ces apparats, une innovation plus discrète mais fondamentale se manifestait : le Palais des Fêtes fut l'une des premières constructions strasbourgeoises à intégrer le béton armé, les plafonds et planchers étant l'œuvre de l'entreprise d'Édouard Zublin, qui appliquait alors les méthodes pionnières de François Hennebique. Une avancée structurelle d'une grande portée, souvent éclipsée par la richesse ornementale des façades, mais qui conférait à l'édifice une robustesse insoupçonnée. L'une des pièces maîtresses de ce programme fut l'orgue de concert, inauguré en 1909. Son installation fut l'objet d'un consensus de la part d'un comité d'experts des plus illustres, rassemblant les sommités organistiques de l'époque, parmi lesquels Alexandre Guilmant, Louis Vierne, Max Reger et même Albert Schweitzer. Ce dernier confia la réalisation de l'instrument pneumatique, aux cinquante-six jeux et près de quatre mille tuyaux, à son facteur de prédilection, Dalstein-Haerpfer. Son inauguration fut marquée par des concerts magistraux, où les compositions d'Erb et Widor résonnèrent pour la première fois. Ce fleuron musical, électrifié en 1958 par Muhleisen, attend aujourd'hui une restauration en profondeur, une lente résurrection nécessaire pour retrouver sa voix. Devenu propriété de la ville de Strasbourg en 1922, l'édifice connut une extension notable, l'aile dite « Marseillaise », accueillant désormais le Centre chorégraphique. Après une décennie de rénovations méticuleuses, de 2012 à 2020, le Palais des Fêtes a retrouvé son éclat et s'apprête à renouer pleinement avec sa fonction première. Le Collectif Palais des Fêtes, avec sa trentaine d'acteurs culturels, œuvre à la revitalisation du lieu, prouvant que même les monuments les plus vénérables peuvent se réinventer et demeurer des cœurs battants de la vie artistique locale. L'histoire de ce monument est celle d'une perpétuelle adaptation, d'une construction solidement ancrée dans son temps tout en étant capable de traverser les époques et les usages.