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Hôtel Dyel des Hameaux

Hôtel Dyel des Hameaux

13 place des Vosges, Paris 4e

L'Envolée de l'Architecte

L'Hôtel Dyel des Hameaux, au 13 de la Place des Vosges, offre un exemple caractéristique, quoique non dénué d'un certain anonymat architectural, des ambitions urbanistiques et constructives du début du XVIIe siècle parisien. Édifié vers 1630 pour Antoine de Rochebaron, cet hôtel particulier s'inscrit dans la logique d'ordonnancement rigoureux imposée par Henri IV pour sa Place Royale, prélude à une conception nouvelle de l'espace urbain. L'absence d'un architecte singularisé, du moins d'un nom parvenu jusqu'à nous avec éclat, est révélatrice du pragmatisme de l'époque où le maître-maçon ou l'entrepreneur, suivant des gabarits prédéfinis, primait souvent sur l'expression individuelle. Il est à noter que la conception d'ensemble dictait une uniformité quasi-militaire, où la façade de chaque parcelle se pliait à une charte esthétique collective. Ce faisant, l'Hôtel Dyel des Hameaux contribue à la majesté du tout sans chercher à s'en distinguer outre mesure. La dialectique entre la brique rouge, matériau traditionnel et économique, et la pierre de taille blanche des chaînages d'angle, des bandeaux et des encadrements de fenêtres, confère à l'ensemble cette dignité sobre si caractéristique. Le rythme régulier des ouvertures, distribuées sur des travées verticales, et la présence de cette galerie voûtée au rez-de-chaussée, classée ultérieurement au titre des monuments historiques en 1956, participent à cette harmonie collective. L'évolution de sa propriété raconte une autre histoire, celle des fortunes et des lignages. Après la famille de Rohan-Chabot, qui l'occupa avec constance durant près d'un siècle jusqu'en 1764, l'hôtel passa à d'autres mains, conservant son statut d'adresse prisée. Son classement, échelonné de 1920 pour certaines façades et toitures, à 1955 pour le reste, souligne la reconnaissance tardive, mais nécessaire, de sa valeur patrimoniale. Il est fréquent que ces protections interviennent alors que les transformations intérieures ont déjà largement altéré l'esprit originel, ne laissant des témoignages authentiques que les enveloppes extérieures. Le nom même de l'hôtel, Dyel des Hameaux, renvoie à un ancien propriétaire, Jean Dyel, seigneur dont l'empreinte fut suffisamment marquante pour perdurer dans la toponymie. L'anecdote contemporaine de son acquisition par l'ancien directeur général du FMI, Dominique Strauss-Kahn, et son épouse, Anne Sinclair, ajoute une strate presque triviale, car purement médiatique, à son histoire séculaire. Il est toujours curieux d'observer comment ces vestiges d'une aristocratie passée deviennent le refuge de figures de la puissance économique ou politique actuelle, cherchant dans le décorum d'antan une certaine légitimité ou, à tout le moins, une discrétion relative que le lieu, paradoxalement public dans sa façade, offre dans ses intérieurs. Cette persistance à désigner de tels édifices par le nom de leurs occupants les plus récents, au détriment parfois de leur véritable filiation historique, est révélatrice d'une fascination contemporaine pour l'actualité des célébrités plutôt que pour la profondeur du temps et l'œuvre architecturale elle-même.