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Villa des Arts

Villa des Arts

15, 15 bis rue Hégésippe-Moreau 37 rue Ganneron, Paris 18e

L'Envolée de l'Architecte

L'appellation « Villa des Arts » évoque, à première écoute, une sorte de villégiature esthétique, une retraite idyllique. La réalité architecturale, sise dans le 18e arrondissement, est plus prosaïque, et d'autant plus fascinante par son pragmatisme et son historicité composite. Il s'agit en vérité d'une voie privée, un micro-urbanisme en impasse, un agrégat d'ateliers d'artistes qui a su préserver son caractère singulier. Son origine lointaine remonte à une parcelle détachée du cimetière de Montmartre, un terrain dévolu aux artistes sous Louis XV, geste qui témoigne déjà d'une certaine reconnaissance institutionnelle de la nécessité d'espaces dédiés à la création. C'est en 1888 que Desmichel et Gueret confient à l'architecte Henri Cambon la tâche d'ériger cet ensemble. Le projet prend la forme d'une cinquantaine d'ateliers, un chiffre remarquable pour l'époque, en faisant le plus important complexe du genre à Paris au XIXe siècle. L'analyse révèle un agencement typologique ingénieux : l'organisation autour de cours et de jardins, au sein de cette voie privée, crée une dialectique subtile entre l'isolement propice à la concentration artistique et la vie collective, une atmosphère de cohabitation discrète. La lumière, denrée précieuse pour les peintres et sculpteurs, y est manifestement recherchée, les volumes des ateliers conçus pour capter les éclairages nord. Mais c'est l'économie de moyens, voire l'astuce, qui confère à cet ensemble une patine architecturale des plus intéressantes. Le texte mentionne, avec une pointe d'ironie historique, que l'escalier principal et de nombreux éléments de construction proviennent de la récupération de pavillons de l'Exposition universelle de 1900. On pourrait y voir un coup de génie ou un simple pragmatisme financier. Ce recyclage audacieux transforme des structures éphémères, destinées à la gloire temporaire d'une exposition, en éléments constitutifs d'un habitat permanent. Il en résulte un palimpseste architectural, où la grandeur passée des fêtes impériales se mue en utilité quotidienne, conférant à certains détails un éclectisme involontaire, une noblesse d’emprunt qui contraste avec la vocation laborieuse du lieu. La liste des résidents est un véritable panthéon artistique : des figures majeures telles qu'Eugène Carrière, Paul Cézanne, Paul Signac, Raoul Dufy, Francis Picabia, ou Henri Rousseau, y ont apposé leur marque. Plus tard, Nicolas Schöffer, pionnier de l'art cybernétique, y trouvera son laboratoire. Cette lignée confère à la Villa des Arts une légitimité culturelle indéniable, transcendant la modestie de sa conception initiale. Son inscription au titre des monuments historiques en 1994 ne fait que consacrer cette valeur intrinsèque, reconnaissant l'importance de ce vestige d'un mode de vie artistique parisien. L'aura du lieu a même attiré le cinéma, servant de décor aux 'Clowns' de Fellini et à 'Escalier C' de Jean-Charles Tacchella, preuve s'il en fallait de son pittoresque indéniable et de son ancrage dans l'imaginaire collectif.