60 rue des Archives 24, 26, 28, 30 rue des Quatre-Fils, Paris 3e
Parmi les œuvres de François Mansart, dont l'ambition s'est souvent traduite par des projets éphémères ou altérés, l'Hôtel de Guénégaud, élevé en 1652 et 1653, se singularise par une intégrité presque miraculeuse. Il offre un parangon de l'hôtel parisien du milieu du XVIIe siècle, témoin d'une époque où la bienséance classique commençait à tempérer les exubérances. Loin des grandiloquences ostentatoires, l'édifice se déploie selon le plan classique entre cour et jardin, flanqué de deux ailes en retour et d'un sobre bâtiment sur rue, orchestrant une volumétrie d'une austérité presque monacale, mais combien raffinée. Cette prétendue sobriété n'est en réalité qu'une maîtrise des proportions et un refus des artifices superflus, marque distinctive de l'architecte. L'admirable escalier d'honneur, préservé dans l'aile méridionale, en est une illustration éloquente : sa double volée droite se mue avec une fluidité inattendue en marches courbes épousant un arc de cercle, créant une transition spatiale d'une subtilité rare. C'est là que l'on perçoit le génie de Mansart, soucieux de la perfection constructive et de l'harmonie des lignes. L'alternance des pierres et des briques, héritage stylistiquement assumé du règne de Louis XIII, confère à l'ensemble une patine historique qui n'est pas sans évoquer la gravité décrite par Ernest Capendu, percevant dans l'hôtel de Niorres – fort probablement notre Guénégaud – une demeure « sévère et triste », dont les briques étaient devenues brunes et les pierres noires. L'histoire des propriétaires, des Gentien à Jean-François de Guénégaud, maître des comptes, révèle un enchaînement de maintes fortunes. Les remaniements intérieurs, tels ceux opérés par Jean Romanet au début du XVIIIe siècle, témoignent des inévitables caprices du goût, où les lambris et trumeaux viennent parfois masquer la pureté originelle. Le destin de l'hôtel, voué à l'indifférence au XIXe siècle, transformé en ateliers, presque dégradé jusqu'à l'effacement pur et simple, illustre le tragique aveuglement d'une époque envers son propre patrimoine. Il fallut l'intervention éclairée d'André Malraux en 1962, et la ténacité de la Fondation de la Maison de la Chasse et de la Nature, sous l'impulsion de François et Jacqueline Sommer, pour arracher l'édifice à sa fin programmée et lui offrir une seconde vie. Cette restauration exemplaire fit de Guénégaud l'un des premiers bastions de la sauvegarde du Marais, un symbole éloquent de la résilience architecturale. Aujourd'hui, bien qu'il abrite un musée et un club – vocations éloignées de la résidence seigneuriale – il demeure un manifeste de l'art de bâtir selon Mansart : une exigence de l'ordonnancement, une dialectique maîtrisée entre le plein et le vide, et une élégance qui perdure par-delà les siècles et les usages.