Voir sur la carte interactive
Hôtel des Boecklin de Boecklinsau

Hôtel des Boecklin de Boecklinsau

17, place Saint-Étienne, Strasbourg

L'Envolée de l'Architecte

L'Hôtel des Boecklin de Boecklinsau, discrètement installé au 17, place Saint-Étienne à Strasbourg, illustre la permanence d'une certaine noblesse foncière au cœur de l'urbanité alsacienne. Loin de l'éclat flamboyant de certains palais, son architecture participe d'une tradition plus mesurée, où l'affirmation sociale se manifestait par la dignité des proportions et la qualité des matériaux plutôt que par l'exubérance décorative. L'édifice, classé monument historique depuis 1927, se signale par une façade qui, sans être d'une inventivité radicale, offre un équilibre compositionnel appréciable. On y devine l'emploi du grès rose des Vosges, typique de la région, conférant à la pierre une patine chaleureuse et une texture particulière. La distribution des ouvertures, régulière, rythmique, crée un jeu de pleins et de vides qui assure une cohérence visuelle certaine, propre à l'esthétique du XVIIIe siècle finissant ou du début du XIXe. L'entrée, souvent marquée par une porte cochère, laissait autrefois entrevoir une cour d'honneur, espace de transition et de prestige, désormais transformée par les nécessités de son usage actuel. Il est assez singulier d'imaginer que c'est entre ces murs que naquit en 1855 Paul Appell, futur mathématicien éminent, une ironie du destin où l'esprit scientifique allait prendre son envol au sein d'une demeure aux lointains échos aristocratiques. L'hôtel connut une transformation notable dans les années 1920, lorsqu'il fut affecté au Foyer de l'étudiant catholique, intégrant un restaurant universitaire. Cette conversion d'une résidence privée en un espace collectif voué à la vie estudiantine constitue en soi une forme d'adaptation remarquable. L'édifice a dû absorber, non sans quelques aménagements pragmatiques, les flux et les usages d'une institution bien éloignée de sa vocation initiale. Les salons d'apparat, les pièces de réception, jadis témoins de la vie mondaine des Boecklin, sont devenus le cadre de repas frugaux et de discussions estudiantines, conférant à ces lieux une seconde existence, peut-être moins ostentatoire mais indubitablement plus animée. Cette capacité à se muer, à accueillir de nouvelles fonctions sans dénaturer fondamentalement sa structure originelle, est une marque de l'efficacité architecturale sous-jacente. L'Hôtel des Boecklin de Boecklinsau, sans jamais avoir prétendu à l'audace d'une œuvre manifeste, demeure un témoignage discret mais solide d'une époque, offrant aujourd'hui un refuge fonctionnel et une modeste grandeur à la jeunesse studieuse de Strasbourg.