Place Paul-Bert, Tours
L'église Saint-Symphorien, modestement posée sur la rive septentrionale de la Loire à Tours, se présente comme un organisme architectural en constante mutation, dont l'histoire, jalonée de reconstructions et d'adaptations, est une véritable stratigraphie du temps. Sa première mention, une confirmation des possessions de Marmoutier par Charles le Chauve en 852, ne fait qu'effleurer les origines d'un lieu de culte probablement antérieur. Il fut un temps, au Ve siècle, où Saint Perpet, sixième évêque de Tours, s'engagea dans la fondation de cette basilique, en confiant la tâche à un prêtre d'Autun nommé Euphrône, geste pieux dont aucune trace matérielle ne nous parvient aujourd'hui, signant ainsi la fragilité des entreprises humaines face aux siècles. Ce n'est qu'au XIIe siècle, face à une démographie croissante, que l'édifice se dote d'éléments subsistant encore, témoignant d'une architecture romane. L'abside, étroite et peu profonde, offre une énigme par ses figurines et dessins dont la signification demeure incertaine. La travée précédant le sanctuaire est soutenue par des piliers massifs, ornés de chapiteaux sculptés d'une iconographie parfois difficile à déchiffrer, tandis que le clocher en pierre, érigé entre l'abside et la nef, affirme la présence du sacré. À l'aube de la Renaissance, la fin du XVe siècle exigea un nouvel agrandissement. C'est à cette période que la nef fut élevée, mélangeant avec une certaine ambition arcs gothiques et romans. L. Palustre, observateur aiguisé, n'a d'ailleurs pas manqué de relever une perceptible maladresse dans cette extension, comme si l'enthousiasme avait parfois excédé la maîtrise. Les clefs de voûte, elles, conservent fièrement les écussons armoriés des donateurs. Des chapelles vinrent s'adosser à l'édifice, notamment la partie méridionale, ornée d'inscriptions religieuses, et la partie septentrionale, d'une forme curieuse, où l'on retrouve cette hybridation stylistique entre roman et gothique. Un autel y prend place, sous des clefs de voûte richement décorées. L'extérieur, jadis paré de peintures murales, fut victime en 1763 d'une décision pastorale assez révélatrice de l'esthétique de l'époque : l'intégralité de l'église fut blanchie à la chaux, effaçant d'un trait des siècles d'histoire iconographique sous prétexte de salubrité et de propreté. Le portail, probablement achevé en 1531, reste cependant le point culminant de cette phase de la Renaissance. Considéré comme une pièce maîtresse, il déploie une profusion de décorations, d'inscriptions latines dédiées à Saint Symphorien, à la Vierge, ou tirées de l'Ecclésiaste, une œuvre d'une érudition et d'un savoir-faire incontestable, malgré les légères divergences chronologiques entre historiens quant à son commencement. Au-delà de ces remaniements structurels, l'église accéda au statut de paroissiale entre le XIe et le XIIe siècle, impliquant la gestion du monde des morts par l'établissement d'un cimetière. Ce dernier fut finalement déplacé à la fin du XVIIIe siècle, par arrêt royal, marquant une volonté hygiéniste de séparer plus distinctement le domaine des vivants de celui des trépassés. Aujourd'hui, un orgue de tribune, œuvre de Louis Debierre entre 1885 et 1887, avec ses vingt et un jeux, résonne sous les voûtes, un ajout plus récent qui atteste que l'édifice, classé monument historique en 1921, continue d'accueillir les aménagements successifs sans perdre son caractère composite et son charme intemporel.