Voir sur la carte interactive
Hôtel Lulli

Hôtel Lulli

45 rue des Petits-Champs 47 rue Sainte-Anne, Paris 1er

L'Envolée de l'Architecte

L'Hôtel Lully, édifice du XVIIe siècle niché dans le premier arrondissement parisien, offre aux observateurs avertis une façade qui, sans clameur excessive, porte le sceau d'une époque et d'une ambition singulières. Erigé pour Jean-Baptiste Lully, compositeur et orchestrateur des divertissements royaux de Louis XIV, il témoigne de la puissance symbolique que les arts pouvaient conférer à leurs praticiens, même les plus talentueux et les plus courtisés. L'acquisition du terrain et la construction elle-même furent, dit-on, facilitées par un concours de circonstances pécuniaires notables, Molière lui-même ayant, selon la légende tenace, contribué pour la somme non négligeable de 11 000 livres. Une anecdote savoureuse qui, au-delà de son vérisme historique, illustre la connivence des grands esprits qui animaient la scène culturelle du Grand Siècle. Lully, d'origine florentine et parvenu aux plus hautes fonctions de la musique royale, sut ériger là une demeure à la hauteur de son rang et de son influence. De ces fastes d'antan, l'édifice conserve quelques précieux témoins. La façade, notamment, classée au titre des monuments historiques, est ornée de masques de bacchantes, figures mythologiques qui, par leur exubérance maîtrisée, évoquent les joies musicales et les ferveurs dramatiques dont Lully était le maître incontesté. Un bas-relief plus discret, tout en symboles musicaux, complète cette ornementation, affirmant l'identité du commanditaire. À l'intérieur, dans le salon qui porte encore son nom, subsiste une fresque de plafond, relique d'une grandeur décorative qui a majoritairement cédé la place à une fonctionnalité plus conforme aux exigences contemporaines. Car l'Hôtel Lully, loin de se fossiliser dans sa gloire passée, a su se muer. Depuis 2011, il abrite le Centre allemand d’histoire de l’art (DFK Paris), une institution de recherche qui y a trouvé un ancrage stratégique. Sa proximité immédiate avec l'Institut national d’histoire de l’art (INHA), le musée du Louvre et les départements spécialisés de la Bibliothèque nationale de France à Richelieu, loin d'être fortuite, confirme une logique d'implantation intellectuelle au cœur d'un quartier érudit. L'architecture intérieure a ainsi été repensée pour servir cette nouvelle vocation. Le plein et le vide se sont rééquilibrés : au-delà de la salle de lecture publique et de sa bibliothèque spécialisée, qui met à disposition une collection remarquable d'écrits sur la théorie de l'art et l'esthétique allemande – dont une pléthore d'éditions originales –, l'on trouve désormais une salle de conférence en sous-sol, des espaces de réunion et des ateliers de recherche pour les boursiers. Les boiseries et les tentures du XVIIe ont fait place à des agencements qui privilégient la lumière et la circulation de l'information, matérialisant ainsi la dialectique entre l'héritage historique et la dynamique de la recherche actuelle. Cet hôtel particulier, qui fut le théâtre de l'ascension et des succès d'un compositeur dont l'œuvre a profondément marqué le style français, est devenu un pont intellectuel entre deux cultures, un lieu où la mémoire de l'art et la rigueur de l'historiographie se rencontrent et se perpétuent. Une transformation qui, par son élégance fonctionnelle, assure à cet édifice une nouvelle pertinence sans effacer tout à fait l'écho des musiques et des intrigues qui résonnèrent autrefois entre ses murs.