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Hôtel de Sarron

Hôtel de Sarron

46 rue de la Charité, 2e arrondissement, Lyon

L'Envolée de l'Architecte

L'inscription au titre des monuments historiques, prononcée en 1991, confère à l'hôtel de Sarron une reconnaissance formelle, sans pour autant toujours éclairer le promeneur sur les subtilités architecturales de ce type d'édifice. Sis au cœur du deuxième arrondissement de Lyon, rue de la Charité, cet hôtel particulier illustre, par son histoire d'usage, une certaine résilience pragmatique face aux aléas des siècles. Son architecture, dont les détails ne sont point précisés par les annales consultées, s'inscrit vraisemblablement dans la lignée des hôtels particuliers du XVIIIe siècle lyonnais, caractérisés par une élégance discrète et une robustesse des matériaux. On imagine aisément un corps de logis principal, articulant avec gravité la cour d'honneur à l'avant et le jardin, plus intime, à l'arrière. L'ordonnancement des façades sur cour devait privilégier une composition tripartite classique : un rez-de-chaussée souvent traité avec un appareil rustiqué, supportant des étages nobles percés de grandes baies, le tout couronné par une toiture discrète, peut-être à la Mansart, ou une simple balustrade. L'entrée s'effectuait sans doute par un portail monumental ouvrant sur un vestibule d'apparat, menant à un escalier d'honneur, éléments emblématiques de la hiérarchie des espaces et de la distinction sociale recherchée par ses premiers occupants. La pierre de taille locale, grès ou calcaire, conférait sans doute à l'ensemble une patine authentique, soulignant la pérennité de l'investissement initial. Ce qui interpelle davantage dans le parcours de l'hôtel de Sarron, c'est sa conversion. De résidence privée d'une famille probablement aisée, il a vu ses salons et cabinets devenir le théâtre de l'activité trépidante d'une imprimerie-librairie, celle de Mathieu Paquet, puis des bureaux de la Presse lyonnaise du Sud-Est, imprimeur du quotidien L'Express de Lyon. Il y a là une ironie certaine : un lieu conçu pour la sérénité et la représentation sociale se mue en un centre névralgique de la production de l'information, le cliquetis des presses supplantant le murmure des conversations mondaines. Cette adaptation, si elle dénature assurément l'esprit originel des lieux, témoigne également de la capacité d'une architecture à transcender sa fonction première. C'est un destin partagé par nombre d'hôtels particuliers français qui, face aux contraintes économiques et aux évolutions sociales, furent contraints d'abandonner leur faste pour une utilité plus terre à terre, devenant parfois des banques, des écoles, ou comme ici, des temples de l'imprimé. L'Hôtel de Sarron, au-delà de son statut de vestige, demeure ainsi un témoin silencieux des transformations urbaines et des exigences pratiques qui dictent le devenir des édifices, même les plus nobles. Sa permanence, au milieu des fracas de l'impression, rappelle que la véritable résilience d'un bâtiment réside souvent dans sa capacité à se plier aux nécessités nouvelles, quitte à en masquer l'essence première derrière une façade immuable.