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Logis Cathuis

Logis Cathuis

19 rue des Hauts-Pavés, Nantes

L'Envolée de l'Architecte

Le Logis Cathuis, dont la mémoire persiste aujourd'hui par une modeste plaque, fut une présence architecturale nantaise qui connut le destin d'une évanescence programmée. Cette ancienne bâtisse, désignée parfois sous les orthographes Cattuit ou Catuit, occupait jadis les numéros 19 et 21 de la rue des Hauts-Pavés. Son inscription au titre des monuments historiques en 1926 n'aura, de toute évidence, pas suffi à garantir sa pérennité, puisqu'il fut entièrement rasé en 1980. Initialement conçu comme un ensemble organisé autour d'une cour, ce logis tirait son nom d'un certain Cathuis, fonctionnaire au service du duc François II de Bretagne. Le duc y établissait son pavillon de chasse, usage que sa fille, la fameuse Anne de Bretagne, perpétua lors de ses incursions dans la forêt d'Orvault. Il s'agissait donc d'une demeure d'agrément, à vocation cynégétique, loin des fastes de la cour ducale mais non dénuée d'une certaine prétention, attestée par sa qualité de manoir. Au fil des siècles, l'édifice connut des métamorphoses fonctionnelles révélatrices des mutations urbaines et sociales. Au XVIIIe siècle, il accueillit un hospice pour incurables, sous l'égide de Louis-Marie Grignion de Montfort, un virage philanthropique notable. Puis, sa dignité s'émoussa, le voyant transformé en atelier de serrurier, avant de servir d'entrepôt à un cordonnier. Une trajectoire descendante, des salons ducaux aux commodités artisanales, qui illustre la résilience ou l'opportunisme du bâti ancien face aux contingences économiques. Architecturalement, le Logis Cathuis était décrit comme un manoir haut-breton, une typologie qui, sans être ostentatoire, privilégiait une certaine verticalité et une robustesse des volumes. Les mentions de salles hautes et de chambres dotées de grandes cheminées au premier étage évoquent un agencement intérieur confortable et hiérarchisé, typique des résidences seigneuriales de cette période. La distribution était assurée par deux escaliers à vis, éléments structurants et esthétiques, souvent en pierre, qui conféraient au mouvement vertical une certaine noblesse. La présence d'une chapelle au sein de l'ensemble soulignait par ailleurs la dimension spirituelle et l'autonomie de la maisonnée. Les quelques sculptures du XVe siècle encore discernables au début du XXe rappellent l'attention portée aux détails ornementaux, même si l'ampleur et la finesse de ces décors nous échappent désormais. L'épilogue du Logis Cathuis est malheureusement banal. Un plan d'aménagement de la ville de 1948 prévoyait un élargissement de la rue des Hauts-Pavés, avec l'ambition d'en faire une route nationale. L'État en fit l'acquisition, mais le projet fut abandonné, laissant la ville de Nantes propriétaire d'un bien menacé. Après des années d'abandon et les outrages d'un incendie en 1974, la municipalité, face à des coûts de rénovation jugés prohibitifs, prit la décision radicale de démolition en mars 1980. Sur les parcelles ainsi libérées surgirent, en 1984, des immeubles d'habitation sans grand caractère, effaçant définitivement la silhouette du manoir. Une ironie du sort, somme toute, pour un monument historique inscrit qui finit par disparaître au nom d'une planification urbaine fluctuante. Il ne subsiste de ce passé qu'une évocation, inscrite dans la pierre d'une plaque, place de la Fontaine-Morgane, modeste vestige d'une architecture disparue.