Rue des Sources Passage des Écoliers, Rungis
L'Aqueduc Médicis, dit aussi des eaux de Rungis, témoigne d'une ambition hydrologique royale, réactivée au début du XVIIe siècle par Marie de Médicis. Ce projet, conçu pour pallier la pénurie d'eau sur la Rive Gauche de Paris – et singulièrement pour alimenter les fastes de son Palais du Luxembourg –, fut mis en œuvre sous le regard attentif de la régente. Ce n'est pas tant une prouesse architecturale visible qu'une œuvre d'ingénierie souterraine, dont la discrétion n'enlève rien à sa pertinence historique et fonctionnelle, puisqu'elle perdure en partie jusqu'à nos jours. L'aqueduc, dont la première pierre fut solennellement posée par le jeune Louis XIII en 1613, fut l'apanage successif de Jean Coingt puis de Jean Gobelain. Il s'inscrit dans la continuité, et parfois la superposition, de l'ancien aqueduc de Lutèce, un dialogue éloquent entre les ingénieries romaine et classique. Le tracé originel, long de près de treize kilomètres, était majoritairement souterrain, une galerie voûtée de dimensions modestes, environ un mètre de large pour 1,75 mètre de haut, façonnée en meulière et caillasse avec des chaînages de pierres de taille. L'eau y cheminait par gravité, grâce à une pente subtilement calculée. Cette infrastructure invisible est ponctuée par des regards, édicules d'accès et de décantation, dont certains, comme le Regard Louis XIII à Rungis ou le n°13 à Arcueil, sont classés. Ces modestes constructions, jadis en pleine campagne, sont aujourd'hui souvent enserrées dans le tissu urbain, révélateurs de la mutation paysagère. Parmi eux, le pavillon du Fontainier, près de l'Observatoire, dit château d'eau, était le point névralgique de la répartition des eaux, abritant le logement du maître des eaux et un complexe système de distribution pour le roi, la ville et les communautés religieuses, sans omettre les concessions aux particuliers aisés. L'architecture de certains regards parisiens, tel le numéro 25, avec son inspiration du mausolée de Cyrus à Pasargades, révèle une aspiration à une certaine monumentalité, même pour des ouvrages utilitaires. L'exception à cette souterraine modestie est le Pont-Aqueduc d'Arcueil-Cachan. Ce majestueux ouvrage, de 379 mètres de long et près de 19 mètres de hauteur maximale, franchit la vallée de la Bièvre avec une élégance structurelle. Œuvre de Thomas Francine et Louis Métezeau, il se compose de dix-huit travées, dont neuf sont ouvertes d'arcades en plein cintre. Sa présence imposante, se dressant au-dessus des ruines de son prédécesseur gallo-romain et supportant plus tard l'Aqueduc de la Vanne, en fait un palimpseste architectural fascinant, un témoignage stratifié des efforts d'approvisionnement en eau de la capitale. Le débit initial, quoique conséquent pour l'époque (1 280 m³ par jour), fut rapidement jugé insuffisant, nécessitant le raccordement de sources supplémentaires au fil des siècles. Les eaux de Rungis, longtemps réputées pour leur limpidité, connurent malheureusement le destin commun des sources périurbaines : l'urbanisation galopante du XXe siècle les rendit impropres à la consommation. Ainsi, l'aqueduc, bien que toujours en fonction pour certaines portions, alimente aujourd'hui des usages moins nobles que les fontaines publiques ou les jeux d'eau royaux, telle l'alimentation du lac du parc Montsouris. Une fin de carrière somme toute pratique, mais dénuée de l'éclat initial, illustrant l'implacable impact du développement humain sur les ressources naturelles.