20 rue de la Bourse, Toulouse
La Maison de Pierre Delfau, au numéro 20 de la rue de la Bourse à Toulouse, propose une lecture stratifiée de l'ambition sociale et des contraintes urbaines. Érigée peu après l'incendie dévastateur de 1463, elle fut bâtie entre 1493 et 1497 pour un marchand pastelier, Pierre Delfau, qui aspirait visiblement à des prérogatives capitoulaires. L'édifice, malgré les remaniements, conserve une singularité précieuse : celle d'une demeure marchande ayant gardé sa boutique originelle, un détail qui rappelle la vocation première du lieu. La façade sur rue, bien que largement modifiée au XVIIe siècle, révèle encore les marques de son passé gothique. La porte d'entrée est surmontée d'une accolade, dont la corbeille de feuilles de chardons enserre un monogramme IHS en lettres gothiques, tandis que les voussures exposent un écusson portant la marque de maîtrise du marchand, un cœur surmonté d'une croix double. Ces détails, ainsi que les appuis de certaines fenêtres et le crénelage à ressaut de briques, sont les vestiges d'une architecture médiévale. Le XVIIe siècle y a greffé une arcade de boutique en plein-cintre au rez-de-chaussée et de grandes fenêtres rectangulaires couronnées de corniches aux étages, témoignant des évolutions des modes et de la lumière recherchée. La boutique, à l'intérieur, a su préserver ses voûtes gothiques à quatre arêtes, ornées de culots représentant des têtes d'anges et séparées par des arcs doubleaux où des figures angéliques tiennent phylactères, esquissant un décor soigné. Un couloir voûté en ogive conduit à la cour intérieure, un espace qui, dès l'origine, n'était pas qu'utilitaire. Pierre Delfau l'avait pensée comme une véritable cour d'honneur. La façade ouest y déploie des fenêtres à croisillons du XVe siècle, dont les montants s'accolent et les filetages s'entrecroisent, offrant un exemple notable de l'esthétique de l'époque. Les autres élévations, cependant, subirent d'importants remaniements au XVIIe siècle, les petites fenêtres du troisième étage ayant été surhaussées et le couronnement crénelé supprimé au profit d'un quatrième niveau. La façade nord présente trois étages de galeries superposées, rythmées par des pilastres doriques et ioniques, désormais aveuglées par des galandages, un ajout qui modifie la perception de l'espace originel. Dans l'angle nord-ouest s'élève une tour heptagonale, vertigineuse, abritant une vis de pierre de quatre-vingt-quatre marches qui dessert l'ensemble. Avec ses vingt-deux mètres de hauteur, elle est percée de cinq fenêtres à croisillons, aux larmiers à talons et parfois surmontées de fleurons. Sa porte, aux sculptures partiellement effacées, est surmontée d'une niche aujourd'hui vide, mais c'est l'écusson sous son socle, soutenu par deux anges et complété par la marque du marchand, qui trahit l'ambition première de Delfau. Il espérait y faire sculpter ses armoiries de capitoul, un honneur qui lui échappa jusqu'à sa mort en 1507. À l'intérieur, des niches à luminaire et des sièges à repos dans les angles des fenêtres révèlent un souci du confort et de l'éclairage. L'axe de la vis est surmonté d'un pilier d'où émanent sept arêtes soutenant la voûte terminale, menant à une tourelle et une terrasse. Cet hôtel particulier, inscrit aux monuments historiques en 1925 et restauré en 2001, a traversé les siècles et les propriétaires, de Guillaume Tamisier au docteur Jean de Cayras, puis à l'orientaliste Édouard Dulaurier qui y aurait résidé au XIXe siècle. Il a même échappé aux démolitions envisagées pour l'élargissement de la rue de la Bourse, un sort plus enviable que celui de nombreuses autres bâtisses. Il demeure un exemple précieux de ces résidences toulousaines où le faste de l'époque gothique côtoie les adaptations ultérieures, sans jamais renoncer à une certaine prestance, même si elle fut parfois une prestance d'emprunt.