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Maison Trochon

Maison Trochon

17 quai de la Fosse, Nantes

L'Envolée de l'Architecte

La Maison Trochon, ou Hôtel des Zéphyrs, se dresse sur le Quai de la Fosse à Nantes, témoignant de l'opulence portuaire du milieu du XVIIIe siècle avec un certain maniérisme Rocaille. Conçu en 1742 par l'architecte Pierre Rousseau, figure alors montante qui laissera son empreinte sur l'urbanisme de l'Île Feydeau, l'édifice fut commandité par Charles Trochon, armateur avisé et négociant en des denrées moins avouables, également valet de chambre du duc d'Orléans, détail qui n'est pas sans saveur. Le parement combine l'élégance du tuffeau, la robustesse du granit et la discrétion du marbre de Sablé. L'ordonnancement est classique : un rez-de-chaussée surmonté d'un entresol, trois étages généreux puis des combles d'ardoise percés de lucarnes. Fait notable, un fronton nu couronne l'ensemble, comme si l'architecte avait voulu ménager un instant de sobriété au sein d'une composition par ailleurs expressive. La façade, d'une modénature recherchée, déploie un balcon filant au premier étage, dit l'étage noble, et répète ce motif pour les deux fenêtres centrales du deuxième, créant ainsi un triangle visuel qui structure la perception. La ferronnerie, gracieusement galbée, trahit l'affinité de Rousseau pour les courbes du baroque tardif. Mais c'est dans le décor que l'esprit du temps se révèle avec le plus de franchise. Sous les balcons du premier étage, des mascarons affichent des expressions variées, tandis qu'au-dessus des autres baies, des agrafes finement sculptées retiennent l'œil. Les supports des balcons sont ornés de jeunes garçons ailés, ces fameux zéphyrs, qui ont donné à la demeure son surnom délicat, presque éthéré. Pourtant, au centre de cette composition, Rousseau, avec une touche d'ingéniosité un brin ostentatoire, a apposé sa signature. Des bas-reliefs représentant des instruments de mesure et un globe terrestre rappellent la précision et l'étendue du commerce. Au-dessus, les effigies de Neptune, dieu des mers, et de Mercure, dieu du commerce, ne laissent aucune ambiguïté quant à la source de la fortune du commanditaire. Cette allégorie maritime et commerciale souligne sans ambages le rôle prépondérant de Nantes dans les échanges transatlantiques de l'époque, y compris le commerce triangulaire. L'édifice, inscrit au titre des monuments historiques depuis 1926, perdure comme un témoin architectural d'une ère où l'opulence pouvait se parer des plus belles grâces rocailleuses, tout en étant financée par des activités d'une nature bien plus terre à terre, voire abyssale.