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Hôtel Amelot de Gournay

Hôtel Amelot de Gournay

1 rue Saint-Dominique, Paris 7e

L'Envolée de l'Architecte

L’Hôtel Amelot de Gournay, sis au 1 rue Saint-Dominique, n’est pas de ces fastueux édifices dont l'opulence s'affiche sans retenue. Il se présente plutôt comme une leçon d’ingéniosité architecturale, une démonstration éloquente de la capacité de Germain Boffrand à concilier les contraintes urbaines avec une aspiration à la dignité et à l'ampleur. Construit sur une parcelle des plus étroites, Boffrand, ce maître du dessin et du pragmatisme, parvient à transcender l’exiguïté par des partis pris formels d’une audace certaine pour l'époque. La cour ovale, dont la plasticité défie la rigidité habituelle des cours parisiennes, crée un effet de respiration et de mouvement, offrant une profondeur visuelle inattendue et brisant la monotonie des lignes droites. C'est là une manipulation de l'espace non sans une certaine virtuosité, permettant d'insuffler une grandeur là où la surface semblait l'interdire. L’ingéniosité se poursuit sur la façade sur cour, où Boffrand dispose, et c'est un trait particulièrement précoce, des pilastres colossaux prenant leur assise au sol même. Cette verticalité affirmée, d’ordinaire réservée aux façades urbaines plus exposées ou aux intérieurs d’apparat, confère à l'édifice une monumentalité certaine, articulant la surface murale avec une solennité presque inattendue. Cela témoigne de l'habileté de Boffrand à user de la rhétorique architecturale classique pour magnifier un programme contraint. Il est d'ailleurs piquant de noter que Boffrand, après avoir acquis le terrain en 1710, se défit de l'hôtel en cours de construction en 1713, le cédant à Michel-Jean Amelot de Gournay. Une manœuvre qui suggère que l'architecte était également un homme d'affaires avisé, capable de percevoir la valeur foncière de ses propres esquisses. L'édifice connut ensuite une succession de propriétaires non moins illustres, mais parfois éphémères. Le prince de Tingry, qui l'acquiert après Amelot, édifiait parallèlement l'Hôtel de Matignon, d'une tout autre envergure, reléguant presque Amelot de Gournay au rang de résidence transitoire avant une ambition plus manifeste. Plus tard, le comte de Guerchy réunit l’hôtel à son voisin de Varengeville, préfigurant avec une prescience involontaire la configuration actuelle de la Maison de l’Amérique latine. Et, touche d’histoire mondaine, Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord y résida quelques mois en 1775, tout juste sorti du séminaire, avant que sa carrière diplomatique ne le propulse vers d'autres scènes. L'Hôtel traversa les convulsions révolutionnaires et les mutations du XIXe siècle, changeant de nom au gré des fortunes, d’Aguesseau, d’Haussonville, avant d’accueillir ambassadeurs sardes et généraux d’Empire. Classé monument historique en 1928, il abrite aujourd’hui, avec une géographie symbolique, l'ambassade du Paraguay et une partie de la Maison de l'Amérique latine, prouvant qu'une architecture bien conçue, même modeste en ses dimensions, conserve une étonnante faculté d'adaptation et une dignité intemporelle.