Mareil-en-France
L'église Saint-Martin de Mareil-en-France se révèle, à l'observateur averti, une énigme architecturale dont la façade occidentale et le clocher, œuvre du XIXe siècle par l'architecte Volkers, offrent une austérité peu engageante, un préambule sans relief à la richesse qui se déploie derrière. C'est en franchissant son seuil que l'édifice révèle sa véritable nature : une construction homogène du dernier quart du XVIe siècle, signée par Nicolas de Saint-Michel de Luzarches, maître-maçon dont l'empreinte stylistique, reconnaissable à Attainville, se distingue ici par une audace notable. L'architecte de Luzarches, homme d'affaires prospère par ailleurs, fut un artisan de cette synthèse singulière de la Renaissance française. Il y maria les principes de l'ordonnancement antique – piliers doriques aux bases attiques, entablements précis, chapiteaux ioniques à l'étage – avec la structure gothique du voûtement d'ogives, dont l'arc en plein cintre, systématiquement employé dans la nef et les bas-côtés, marque une évolution affirmée par rapport à ses réalisations antérieures. Cette transition quasi totale, abandonnant l'arc brisé au profit de l'arc en plein cintre, confère à l'ensemble une fluidité et une horizontalité remarquables, bien que les doubleaux des bas-côtés, surhaussés, rappellent les tâtonnements des premières voûtes romanes. Ce qui singularise Mareil-en-France, au-delà de sa blancheur calcaire qui compense l'absence de fenêtres hautes latérales dans la nef, est son plan avec un déambulatoire complet, une rareté dans le nord de l'Île-de-France pour cette période. Ce dispositif, peut-être motivé par la nécessité de contrebuter un chevet sur un terrain instable, ou simplement par le désir de rompre avec les conventions, est doublé d'une série de chapelles latérales peu profondes, résultant de contreforts judicieusement intégrés à l'intérieur de l'édifice. Cette disposition crée un espace continu, où le plein et le vide s'articulent avec une subtilité qui évite l'impression de cloisonnement. La contribution financière des seigneurs locaux, la famille Du Val, permit cette entreprise ambitieuse, se déchargeant sur eux d'une charge qui revenait souvent aux paroissiens. Cependant, l'extérieur Renaissance, construit entièrement en pierre de taille, affiche une simplicité certaine, une sobriété qui, comparée à l'église d'Attainville, suggère une gestion pragmatique des ressources, évitant les fioritures ornementales superflues. L'œil critique notera ainsi des contreforts presque purement fonctionnels et l'absence d'un couronnement sculpté pour les pilastres, des compromis sans doute dictés par le souci de mener l'œuvre à son terme. À l'intérieur, malgré un éclairage tamisé de la nef, le regard est attiré par l'abside et son déambulatoire. L'ingéniosité de l'architecte se révèle dans l'intégration de travées courtes qui fluidifient la transition vers le chœur, même si l'audace de ce parti pris se paie d'une luminosité insuffisante de l'abside. Le mobilier, riche et préservé, complète cette immersion. L'aigle-lutrin, supporté par un Samson aux allures herculéennes, ou encore la Charité de Saint-Martin, d'une expressivité populaire, sont autant de témoignages d'une époque où l'art sacré trouvait à s'exprimer avec vigueur. Même la statue de l'Éducation de la Vierge, avec ses maladresses assumées, provenant peut-être d'Écouen, et les dalles funéraires, dont celle d'Antoine Boull... nous contant un destin limougeaud interrompu à Mareil, enrichissent ce tableau. La cloche Geneviève, fondue en 1599, résonne encore de ses vers destinés à chasser les tempêtes et guider les pèlerins, scellant l'ancrage spirituel de cette église, chef-d'œuvre de la Renaissance en pays de France, qui, malgré l'anonymat de ses abords, offre une expérience intérieure d'une grâce toute particulière.