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Hôtel d'Hozier

Hôtel d'Hozier

110 rue Vieille-du-Temple 9 rue Debelleyme, Paris 3e

L'Envolée de l'Architecte

L'Hôtel d'Hozier, niché au cœur du Marais, s'inscrit dans ce palimpseste urbain parisien où les strates d'histoire et d'architecture s'entremêlent avec une complexité parfois déroutante. Son emprise foncière, héritière du « fief des Petits-Marais », déjà affranchie des redevances féodales au début du XVIIe siècle, témoigne d'une ambition précoce de densification et d'embellissement. Les premières constructions par Jean Thiriot puis Robert Josselin dès 1623 esquissent une demeure seigneuriale, probablement dans le style Louis XIII, où la brique et la pierre se mariaient avec une certaine frugalité. C'est cependant l'intervention de Denis Quirot entre 1731 et 1733 qui confère à l'édifice sa physionomie classique et son ordonnancement le plus remarquable. Quirot, architecte discret mais compétent, également à l'origine de l'hôtel du Barry, imprime à l'hôtel d'Hozier les marques d'un classicisme assagi, teinté des grâces du début du XVIIIe siècle. Le portail sur rue, œuvre du sculpteur Antoine Fauquière, offre un répertoire iconographique où Mars et Minerve veillent, allégories convenues de la puissance et de la sagesse, encadrant une cartouche surmontée d'une tête de lion, détails qui, pour l'œil averti, annoncent une certaine pompe. L'organisation spatiale s'articule autour d'une cour d'honneur que Quirot a su animer par des ailes percées d'arcades, conférant à l'ensemble une respiration et une hiérarchie propres aux hôtels particuliers de prestige. L'aile droite, destinée aux remises de carrosses, révèle la fonction originelle de ces dépendances. À l'intérieur, le vestibule mène à un escalier dont la rampe en fer forgé, tracée selon les dessins de Quirot lui-même, illustre cette attention méticuleuse portée aux arts décoratifs. Le jardin, espace de récréation et de contemplation, est enchâssé par une aile singulière, flanquée d'un cabinet en encorbellement sur trompe conique. Cet élément, décoré d'une coquille et d'une énigmatique tête de méduse, est un caprice architectural, une fantaisie rocaille qui dénote une recherche esthétique plus ornementale, contrastant parfois avec la rigueur d'ensemble. L'aile nord, quant à elle, conserve l'appareillage de brique et de pierre, rappelant l'héritage d'un passé antérieur. Les siècles suivants ont vu l'hôtel d'Hozier connaître des fortunes diverses, non sans quelques indignités architecturales, telle cette regrettable surélévation de la façade sur rue au XIXe siècle, altérant sans ménagement la proportion originale. L'édifice fut la propriété de Louis-Pierre d'Hozier en 1735, dont le fils, Charles, y dissimula, avec une désinvolture toute parisienne, ses activités de conspirateur royaliste derrière une entreprise de cabriolets au début du XIXe siècle. Une anecdote qui prête à sourire, révélant la capacité de ces demeures à se muer en décors d'intrigues les plus inattendues. Plus tard, dans les années 1930, l'hôtel, alors passablement délabré, connut une étonnante réaffectation, devenant le siège en France de l'organisation juive de gauche le Bund et de ses satellites. Ce passage d'une demeure aristocratique à un centre d'activités sociales et politiques, avant d'accueillir l'atelier de la sculptrice Sandrine Follère de 1996 à 2005, illustre la résilience et l'adaptabilité, ou peut-être la simple nécessité, de ces témoins silencieux de l'histoire urbaine. Son inscription tardive aux monuments historiques en 1987 semble reconnaître, enfin, la valeur d'un édifice dont l'histoire et les transformations sont aussi riches que ses détails architecturaux.