9 rue Payenne 8 rue Elzévir, Paris 3e
L'hôtel de Donon, sis au cœur du Marais, se révèle un exemplaire singulier de l'hôtel particulier parisien de la fin du XVIe siècle. Sa construction, initiée en 1575 par Médéric de Donon, contrôleur général des bâtiments du roi, soulève d'emblée la question de la paternité architecturale. L'influence de Philibert Delorme est manifeste, nonobstant son décès antérieur, ce qui suggère une adhésion aux canons stylistiques de l'époque, peut-être sous l'égide de Jean Bullant, proche de Donon. Il n'est pas sans ironie de constater que le commanditaire, familier des arcanes de l'édification royale, aurait pu lui-même œuvrer à la conception de sa propre demeure, conférant à cet hôtel une résonance particulière, celle d'un manifeste personnel en pierre. Le plan régulier, caractéristique des hôtels de cette période, organise les bâtiments autour d'une cour rectangulaire. Le corps de logis principal, imposant, s'étire entre cour et jardin, flanqué de deux ailes — l'une dévolue aux écuries et remises, l'autre à une galerie discrète. La structure intérieure est révélatrice : un double niveau de caves, dont un semi-enterré pour les communs, surmonté d'un rez-de-chaussée haut réservé aux fastes de la réception, puis un étage carré coiffé d'un comble d'une hauteur remarquable, tel un vaisseau renversé, qui témoigne de l'ambition des maîtres d'ouvrage. L'esthétique de l'édifice réside dans l'ordonnancement précis de ses ouvertures, suivant un rythme de demi-croisée-croisée-croisée-demi-croisée, qui n'est pas sans conférer à l'ensemble une élégance mathématique. Du côté de la cour, un subtil effet pyramidant est perceptible, les lucarnes du comble se réunissant sous un même fronton, tandis que côté jardin, une plus grande simplicité prévaut. La pureté, déjà classique, de cette architecture se dérobe aux ornements superflus : point de décor sculpté exubérant, mais des consoles nues, de simples moulures soulignant la ligne des lucarnes et des frontons. Un tel dépouillement, en ces temps d'exaltation maniériste, marque une certaine retenue, voire une prescience des lignes à venir. L'histoire du Donon est aussi celle des vicissitudes urbaines. Médéric de Donon lui-même connut les affres de la politique, emprisonné à la Bastille par la Ligue catholique pour ses accointances royales, une anecdote qui ancre l'édifice dans les turpitudes de son époque. Au fil des siècles, et des successions familiales, l'hôtel subit les affres du temps et des aménagements. Il fut, à partir de 1839, dénaturé en immeuble de rapport, recevant des ajouts disgracieux : galeries vitrées, encorbellements, et même un vaste garage couvrant l'intégralité du jardin dans les années 1930. Ces transformations altérèrent considérablement son intégrité originelle, le plongeant dans un état de déshérence avant son rachat par la Ville de Paris en 1974. La restauration intégrale qui s'ensuivit, en vue d'accueillir le musée Cognacq-Jay à partir de 1990, fut une œuvre de démiurge. Elle s'attacha à retrouver, parfois à force d'hypothèses érudites, l'état primitif de l'hôtel, révélant au passage des plafonds à poutres et solives peintes et des boiseries du début du XVIIe siècle. Si l'escalier actuel, de type « à vide » et sa rampe en fer forgé témoignent d'une campagne de travaux plus tardive, fin XVIIe siècle, l'ensemble offre aujourd'hui une vision, certes recomposée, mais fidèlement évocatrice d'une grandeur passée, où le raffinement de l'habitat urbain était le reflet d'une certaine conception de l'existence.