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Casino de Paris

Casino de Paris

16 rue de Clichy, Paris 9e

L'Envolée de l'Architecte

Le Casino de Paris, dont le toponyme renvoie plus volontiers à ces « petites maisons » vouées aux festivités qu'aux jeux de hasard, s'inscrit dans une histoire parisienne de la mutation constante des lieux de divertissement. Son site, un palimpseste architectural au cœur du 9e arrondissement, a connu une série de transformations qui témoignent de l'évolution des mœurs et des technologies scéniques. Nul vestige du domaine du duc de Richelieu, ni de la Folie-Richelieu ou du parc Tivoli n'y subsiste, sinon l'écho ténu d'une tradition de l'amusement qui préfigure sa vocation. Le baron Haussmann, dans sa frénésie urbanistique, en remodela l'assiette pour y installer un hall de loisirs, incluant un « skating » fort prisé de la Belle Époque, avant que le divertissement sur roulettes ne cède la place aux exigences du spectacle vivant. C'est en 1880, sous l'égide des architectes Sauffroy et Grémailly, qu'une portion de cette patinoire devient le Palace-Théâtre, prélude à l'édifice que nous connaissons. La véritable métamorphose survient avec la restauration de 1891, confiée à Édouard Niermans. Cet architecte, figure emblématique du Paris fin-de-siècle et maître de l'éclectisme ornemental – on lui doit des réalisations marquantes telles que le Moulin Rouge ou les Folies Bergère –, dote l'établissement d'un vaste hall au style rococo teinté d'exubérance Belle Époque. On y déploie une profusion de verrières, inondant l'espace de lumière, et une vingtaine de colonnes que couronnent des statues de femmes ailées et nues, brandissant chacune un lustre, le tout agrémenté d'une flore exotique. Cet intérieur foisonnant, oscillant entre le pastiche historique et l'audace décorative, offre un cadre idéal à la grandiloquence des spectacles qui y prennent place. C'est d'ailleurs en ces lieux, à l'occasion d'une fête costumée en décembre 1891, que Monsieur Lué lance la mode du confetti en papier, une anecdote qui, à elle seule, résume l'esprit festif et novateur de l'époque. Le XXe siècle apporte son lot de péripéties : incendies dévastateurs, reconversions en cinéma-music-hall par Marcel Oudin, et surtout des modernisations audacieuses. Après l'incendie de 1922, l'établissement est reconstruit avec une ingéniosité technique remarquable, intégrant une piscine vitrée de cent mille litres d'eau, dont le mécanisme scénique permet l'apparition sur scène. Une prouesse pour l'époque, qui souligne la course à la spectacularité propre aux grandes revues parisiennes. Le Casino devient alors le creuset des plus grandes vedettes, de Mistinguett à Maurice Chevalier, puis Joséphine Baker qui y triompha avec son célèbre « J'ai deux amours » dans la revue « Paris qui remue » en 1931, ancrant définitivement le lieu dans l'imaginaire collectif. La résilience de l'édifice face aux revers financiers – on se souvient de l'engagement personnel d'Annie Girardot pour éviter sa transformation en garage à spectacles – et sa capacité à se réinventer, passant des revues opulentes aux concerts rock, aux comédies musicales et aux spectacles d'humour, témoignent d'une adaptabilité pragmatique. Les restaurations de 2008, rendant la salle modulable, confirment cette flexibilité, loin des fastes rigides du passé, pour embrasser une pluralité d'expressions scéniques. Le Casino de Paris demeure ainsi, non sans une certaine ironie, un monument vivant de l'éphémère.