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Château de Stors

Château de Stors

L'Isle-Adam

L'Envolée de l'Architecte

Le site de Stors, sur les coteaux de la vallée de l'Oise, révèle une stratification historique significative, un bâti qui, au fil des siècles, a épousé les contours d'une ambition changeante. Dès le quatorzième siècle, un château fort s'y dressait, mué par la suite en un hôtel seigneurial dont la reconstruction au seizième siècle par Denis Duval et son fils Jean initia une transformation essentielle. Cet édifice alors composé de deux niveaux, flanqué de pavillons et doté d'une toiture élevée, fut édifié près de la rivière, conservant des éléments d'une structure antérieure. Le château actuel, qui trouve ses fondations sur cet ancien site, fut érigé au début du dix-huitième siècle, peut-être autour de mille sept cent dix-huit. L'identité de son architecte demeure incertaine, une incertitude qui a longtemps alimenté des attributions légendaires, notamment à Jules Hardouin-Mansart, bien que les dates ne puissent le corroborer. Des noms tels que Jean Aubert ou Germain Boffrand ont été avancés sans preuves tangibles, soulignant la difficulté de tracer précisément la genèse de ces œuvres d'envergure en l'absence de documentation formelle. Le rachat du domaine en mille sept cent quarante-six par Louis François de Bourbon-Conti marque un tournant. Le prince, désireux d'y établir une villégiature pour ses favorites, commandita à son architecte attitré, Pierre Contant d'Ivry, des embellissements d'importance. C'est à lui que l'on doit l'aménagement des jardins et la remarquable façade à oculus de la chapelle Sainte-Madeleine, reconstruite auparavant au seizième siècle. Stors devint alors le cadre de réceptions discrètes, abritant successivement Madame Panneau d'Arty puis la comtesse de Boufflers. Cette période confère au lieu une aura particulière, celle d'un espace de retrait et d'agrément, loin des fastes officiels. Le château, épargné par le vandalisme révolutionnaire malgré sa confiscation comme bien national, n'en subit pas moins les assauts du temps, et notamment un ouragan dévastateur en mille sept cent quatre-vingt-quatorze qui endommagea sérieusement ses parties hautes. Isaac Ardant, son acquéreur en mille sept cent quatre-vingt-dix-huit, y transporta une partie du mobilier du château de Louveciennes, tandis que son épouse enrichissait le parc d'essences rares. Au dix-neuvième siècle, sous l'égide du duc de Valmy, François Christophe Edmond Kellermann, des travaux substantiels furent entrepris, remaniant notamment le pignon nord et aménageant le grand perron qui s'ouvre sur l'Oise. Casimir Cheuvreux, riche négociant, puis la famille Lannes de Montebello, continuèrent d'enrichir et d'habiter le domaine, y recevant des personnalités illustres et y accumulant un mobilier somptueux. L'édifice abritait à cette époque des salons aux stucs raffinés, des boiseries et un parquet à la Versailles, témoignant d'une élégance et d'un luxe certains, et accueillant parfois des membres de la famille Romanov. Le point de rupture survint en mille neuf cent quarante-quatre, quand les bombardements alliés anéantirent l'aile nord du château. Abandonné, pillé à partir des années mille neuf cent quatre-vingt-trois et menacé de démolition, le monument sombra dans un délabrement avancé, n'étant pas toujours préservé par l'imaginaire collectif, comme en témoigne un tournage cinématographique en deux mille six. La restauration ne s'amorça qu'en mille neuf cent quatre-vingt-dix-neuf avec l'acquisition par un couple de passionnés, suivi de l'inscription des terrasses, kiosques et bassin à l'Inventaire supplémentaire des Monuments Historiques en deux mille un. Le récent rachat par une princesse qatarie, avec l'ambition déclarée de le restaurer à l'identique, ouvre une nouvelle page pour ce site. Du point de vue architectural, les vestiges actuels, notamment l'aile sud, le perron central et l'escalier à révolution vers l'Oise, attestent d'une qualité d'exécution en pierre de taille digne des résidences les plus raffinées du début du dix-huitième siècle. Les doubles terrasses monumentales attribuées à Contant d'Ivry se déploient en un véritable théâtre de pierre et de verdure, dominant le paysage fluvial. Le domaine, au-delà du corps de logis principal, comprend également des communs restaurés, un moulin transformé en gentilhommière de style troubadour par Louis-Charles Boileau et la maison des passeurs, la Tournebride, chacune de ces structures contribuant à la lecture complexe et fragmentée d'un ensemble qui fut, en son temps, un témoignage éloquent de l'art de vivre et de bâtir.