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Couvent des Annonciades

Couvent des Annonciades

54 Rue Magendie 64 rue Paul-Louis-Lande, Bordeaux

L'Envolée de l'Architecte

Au cœur de Bordeaux, l'ancien couvent des Annonciades se dresse comme un jalon discret de la Renaissance en Aquitaine, un vestige architectural dont la sobriété formelle dissimule une histoire d'une remarquable mutabilité. Fondé en 1520 par la dévouée Jacquette Andron de Lansac, il s'inscrit dans la lignée des établissements monastiques initiés par Jeanne de France, empruntant sa règle au couvent d'Albi. L'édification fut une entreprise méthodique, engageant dès 1519 le maître-maçon Mathurin Galoppin pour la chapelle, puis Guillaume Médion pour le voûtement. Les fonds, substantiels, bénéficièrent même d'un concours inattendu de Pierre Eyquem de Montaigne, père du philosophe, apportant ainsi une touche d'érudition profane à cette sainte entreprise. La chapelle, dont le gros œuvre fut achevé autour de 1532, à la mort de la fondatrice, a vu son chœur s'agrandir à plusieurs reprises, en 1613 et 1680, témoignant d'une évolution des besoins liturgiques. Ses chapelles latérales s'ouvrent par des arcs dits gauchis, une particularité technique intéressante, et les consoles soutenant les nervures affichent les symboles du Tétramorphe, si chers à la symbolique chrétienne. Les clés de voûte, quant à elles, arborent fièrement les armoiries de Lansac, Gelais et Pons, traçant l'arbre généalogique des principaux bienfaiteurs. Le cloître, structure rectangulaire aux huit arcades sur les longs côtés et six sur les courts, présente des ouvertures où un carré est surmonté d'un demi-cercle. Les chapiteaux, bien qu'aujourd'hui érodés, révèlent des thèmes végétaux, des animaux fantastiques et des figures démoniaques, une iconographie où l'inspiration romane bordelaise, hélas, se manifeste parfois en pâles copies. Un socle hexagonal, découvert en 1991, marque l'emplacement originel d'une croix disparue, rappelant la centralité de la foi dans cet espace méditatif. Une Mise au tombeau, datée de 1526-1530 et probablement offerte par la fondatrice, se distingue par sa composition classique à sept personnages, et son rapprochement avec une œuvre similaire du château de Biron suggère des liens familiaux et artistiques entre les commanditaires. Après les turbulences des guerres de Religion, qui virent des conversions et des litiges financiers, puis la suppression du couvent en 1792 où il fut réquisitionné comme salpêtrière, l'édifice connut une nouvelle vie en 1808. Il devint la Maison de la Miséricorde, sous l'impulsion de Marie-Thérèse-Charlotte de Lamourous, accueillant avec une bienveillance toute chrétienne les « pécheresses repentantes ». Napoléon Ier lui-même, sollicité lors de son passage à Bordeaux, apporta son soutien à cette œuvre philanthropique. Jusqu'en 1965, plusieurs centaines de femmes y trouvèrent refuge, partageant leur temps entre travaux d'aiguille et exercices de piété. En 1974, la chapelle et le cloître furent classés monuments historiques, une reconnaissance tardive mais bienvenue. Depuis 1995, le couvent abrite les services de la Direction régionale des Affaires culturelles. Les rénovations menées par le cabinet Brochet-Lajus-Pueyo ont su intégrer des matériaux contemporains – métal, verre, bois – en un dialogue respectueux avec l'ancien. La chapelle, transformée en salle de conférence, voit désormais son histoire se projeter vers des fonctions profanes, sans pour autant effacer les strates d'existence qui façonnent son caractère singulier. Dans le préau, l'œuvre de Julian Opie, de petits bâtiments de calcaire rappelant les sépulcres médiévaux, achève de souligner cette étonnante traversée du temps.