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Église Notre-Dame-de-l'Assomption

Église Notre-Dame-de-l'Assomption

263 rue Saint-Honoré, Paris 1er

L'Envolée de l'Architecte

L'église Notre-Dame-de-l'Assomption, sise avec une certaine discrétion au cœur de Paris, offre d'emblée l'image d'une adhésion résolue aux préceptes du classicisme romain. Érigée entre 1670 et 1676 sous l'égide de Charles Errard, peintre et architecte davantage familier des séjours transalpins que des chantiers parisiens, l'édifice se distingue par son plan centré, une rotonde de vingt-quatre mètres de diamètre couronnée d'une coupole. Cette dernière, percée de huit baies et agrémentée de niches à statue, confère à l'espace intérieur une lumière zénithale et une verticalité affirmée, faisant écho à des modèles baroques italiens, quoique avec une retenue toute française. La façade, d'une sobre élégance, présente un péristyle de six colonnes corinthiennes supportant un fronton triangulaire, rappelant par sa rigueur certaine façade de la Sorbonne, érigée antérieurement. Il est permis de remarquer qu'elle fut jugée, non sans quelque acrimonie, par son propre concepteur, comme trahissant le dessein initial, Errard attribuant les modifications à M. Chéret, l'entrepreneur, une querelle somme toute classique dans les annales de la construction où la vision et l'exécution se confrontent. C'est là une préfiguration des débats éternels sur la fidélité au projet originel. Au-delà de son architecture, l'église a connu les vicissitudes de l'histoire. Initialement chapelle d'un couvent de Dames de l'Assomption – un ordre réformiste qui attirait jadis certaines dames de la cour –, elle fut désaffectée durant la Révolution, servant même de magasin de décors, avant d'être promue, par la volonté de Bonaparte, église paroissiale du 1er arrondissement. Une mutation fonctionnelle notable, qui la vit remplacer l'ancienne église de la Madeleine, avant que cette dernière ne retrouve ses pleines fonctions. En 1844, Mgr Denys Affre la confia à la Mission catholique polonaise, lui offrant ainsi une seconde vie et une identité culturelle durable, celle d'un foyer spirituel pour une communauté en exil ou établie. Une destinée singulière, où un monument conçu dans l'esprit du Grand Siècle abrite désormais une ferveur venue d'ailleurs. L'intérieur conserve une richesse artistique digne d'intérêt, à commencer par la fresque de la coupole, « L'Assomption », œuvre de Charles de La Fosse datant de 1676, bien que d'aucuns l'aient jugée alors inférieure à ses productions antérieures. On y découvre également des toiles de Joseph-Benoît Suvée, Dingeman van der Hagen, Joseph-Marie Vien et Carle Van Loo, témoignant de l'éclectisme des acquisitions au fil des siècles. L'orgue, instrument de la fin du XIXe siècle signé Aristide Cavaillé-Coll, logé dans un buffet du XVIIIe, incarne cette stratification temporelle, ayant subi de multiples restaurations et électrifications, une survie technologique qui ne va pas sans ses inévitables usures. Quant à la réception de l'œuvre, elle s'inscrit dans la longue tradition des églises à plan central à Paris, offrant une alternative au plan basilical, mais avec une façade qui reste un archétype de l'ordre corinthien. L'édifice a également servi de cadre à des événements profanes notables, accueillant, dans une curieuse dignité, les obsèques du général Lafayette, la sépulture provisoire de Talleyrand, et celles de Stendhal. Des figures aussi diverses que le poète Adam Mickiewicz et le compositeur Frédéric Chopin y trouvèrent un lieu de recueillement, en particulier après son affectation à la Mission polonaise. Ces usages variés et parfois inattendus soulignent la capacité d'un lieu à transcender sa fonction première pour devenir le témoin silencieux de l'histoire et des parcours individuels.