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Château d'Issy

Château d'Issy

3, rue Marcellin-Berthelot, Issy-les-Moulineaux

L'Envolée de l'Architecte

Le destin du château d'Issy, aujourd'hui en grande partie évanoui, offre une méditation sur la permanence et la fragilité de l'architecture. De sa vocation originelle de "Petit Olympe" pour la reine Margot, un refuge bucolique du début du XVIIe siècle, à sa consécration en maison de plaisance pour le financier Macé Bertrand de la Bazinière, le lieu connaîtra des métamorphoses successives. Sa véritable articulation architecturale débute en 1681, lorsque Denis Talon, figure du Parlement, confie à Pierre Bullet, élève de François Blondel, la conception d'un château et à André Le Nôtre l'ordonnancement de ses jardins. On discerne là l'empreinte d'une architecture classique naissante, où la rationalité de la composition s'allie à l'artifice maîtrisé du paysage. Le Nôtre, assisté de son beau-frère Pierre Desgots, déployait alors son génie pour étendre l'illusion d'une nature sans fin, dont Dézallier d'Argenville vantera plus tard qu'"on n'y voit point de murs ; on diroit qu'il s'unit à la campagne" – une leçon de perspective et d'intégration paysagère souvent citée, et rarement égalée. C'est sous l'égide des princes de Conti, à partir de 1699, que le domaine atteint son apogée. Le "Grand Conti", voisinant Monseigneur à Meudon, fit agrandir et embellir l'édifice, confiant vraisemblablement à Bullet l'ajout d'une façade à péristyle dorique côté cour – un manifeste de la dignité princière – et toscane côté jardin, suggérant une douce transition vers les parterres de broderie et les bosquets. On y aménagea un "pavillon des bains", témoin d'une certaine sophistication mondaine, reflet des préoccupations hygiéniques et des plaisirs d'alors. L'intérieur même, avec son bas-relief de marbre et son salon pavé et orné de pilastres, attestait d'une richesse et d'un raffinement propres aux demeures des grands, où l'art de vivre se mesurait à la délicatesse des ornements. Le château connut ses fastes, ses réceptions somptueuses, telles celles données par Marie-Thérèse de Conti, mais aussi ses drames intimes, comme la mort prématurée de Louise Diane d'Orléans, épouse de Louis François de Bourbon-Conti, dans l'enceinte même de ces murs en 1736. La Révolution sonna le glas de cette splendeur aristocratique, confisquant le bien national et amorçant une longue déchéance. Après diverses affectations – du Grand établissement d'hydrothérapie au lotissement – il fut la proie des flammes en 1871, lors de la Commune de Paris. Paradoxalement, sa destruction partielle lui offrit une seconde vie, ou du moins une réincarnation fragmentée. Auguste Rodin, en collectionneur et esthète avisé, racheta des éléments architecturaux de la façade, notamment le fronton et les colonnes, pour les remonter dans sa villa de Meudon. Cette initiative conféra aux vestiges d'Issy une pérennité inattendue, les inscrivant dans le panthéon de l'art, et inspirant même la façade du musée Rodin de Philadelphie. Aujourd'hui, seuls subsistent quelques témoins épars : l'une des moitiés de l'hémicycle d'entrée, un colombier, l'orangerie et une fontaine, vestiges discrets d'un ensemble qui fut, un temps, une brillante illustration de l'architecture et de l'art des jardins à la française.