4 rue Valette 13 impasse Chartière, Paris 5e
La Montagne Sainte-Geneviève, jalon constant du savoir parisien, a vu s'ériger et se transformer, au fil des siècles, le Collège Sainte-Barbe. Cet édifice, un véritable palimpseste architectural, offre une étude de cas fascinante sur la résilience institutionnelle face aux pressions urbanistiques et aux vicissitudes historiques, demeurant jusqu'en 1999 le doyen des collèges parisiens sur son site originel de la rue Valette. Ses origines médiévales, remontant à 1460, sont d'une certaine complexité. Alors que la coutume voulait que les collèges portent le nom de leurs provinces dotatrices, Geoffroy Lenormand, avec une audace singulière, plaça son institution naissante sous l'égide de sainte Barbe, déesse de l'intellect triomphant. Ce geste inaugural, dénué de la lourdeur d'une dotation provinciale, attira rapidement une élite estudiantine, y compris une colonie portugaise significative. Cette fondation eut cependant son lot d'incertitudes quant à sa primauté, partagée entre Lenormand et Jean Hubert, qui avait précédemment acquis une partie des terrains. Une querelle de titres somme toute fort compréhensible dans le dédale foncier du Paris d'alors. Le développement de l'institution fut ponctué de phases de croissance et de défis. Dès 1553, Robert Dugast, en principal avisé, entreprend des travaux d'agrandissement et de reconstruction, dotant le collège de ses premiers statuts structurants. La période de la Réforme, loin de clore ses portes, en fit un lieu de coexistence confessionnelle, attitude pragmatique que l'on aurait pu, à l'époque, qualifier de dangereusement œcuménique. Plus tard, sous la Révolution, le collège, alors dans un état de délabrement avancé – comme en témoigne la supplique éloquente de Marmontel dans le *Mercure* de 1790, implorant l'aide de l'État pour ses « bâtiments qui tombent en ruine » – fut contraint à la fermeture et réquisitionné comme bien national. Sa résurrection, post-révolutionnaire, doit beaucoup à la figure énergique et quelque peu controversée de Victor de Lanneau. Ancien prêtre théatin, puis franc-maçon lié au Grand Orient, son parcours tumultueux n'entama en rien sa détermination à redonner vie à Sainte-Barbe. Par une série de rachats de baux et de reconstitutions foncières, souvent fragmentaires et délicates, il relance les études en 1798. Le collège, alors agrégat de maisons particulières, peine à offrir une structure cohérente et salubre. Le rapport du comte Dumas en 1843, constatant que « ce ne sont pas les élèves qui manquent dans nos bâtiments, ce sont nos bâtiments qui manquent aux élèves », souligne l'urgence d'une refonte architecturale. La véritable métamorphose survient avec l'arrivée d'Alexandre Labrouste à la direction en 1838. Face à une situation financière précaire et à des édifices dont la vétusté confinait à la déficience structurelle – un incident notable en 1839, où la fissure d'une poutre maîtresse dans un bâtiment de la rue des Sept-Voies donna lieu à un procès rocambolesque et finalement favorable au collège, permit l'acquisition de nouveaux terrains –, une reconstruction d'envergure s'imposait. Les frères Labrouste, Théodore et Henri, architectes dont la renommée allait croissant, furent chargés de concevoir le nouveau collège. Leur intervention fut radicale, impliquant la suppression de plusieurs rues médiévales (des Chiens, des Cholets, puis de Reims et du Four), une rationalisation audacieuse du tissu urbain pour permettre la création d'un ensemble bâti cohérent. Cette période voit l'émergence d'une volumétrie plus organisée, intégrant galeries couvertes, chapelle et réfectoires, offrant enfin une dignité architecturale à l'institution. Parallèlement, l'établissement étend ses activités à l'enseignement supérieur avec des classes préparatoires. L'architecte Ernest Lheureux, élève des Labrouste, se distingua par la conception de l'école préparatoire, dont l'inauguration en 1884 fut saluée pour son « bien-être matériel », répondant ainsi à la compétition des rivaux qui, par leur « luxe », avaient pu attirer certains élèves. Ce souci de modernité et de fonctionnalité reflétait une époque où l'architecture scolaire devenait un argument de prestige. Le XXe siècle apporta son lot de tourments financiers, le collège frôlant la faillite à plusieurs reprises avant d'être racheté par l'État en 1898. Les bâtiments de l'ancien collège classique furent démolis en 1950, ses élèves intégrant les locaux de l'école préparatoire. Le Collège Sainte-Barbe finit par fermer ses portes en 1999, après plus de cinq siècles d'existence. Le site, toutefois, ne fut pas abandonné. Une réhabilitation notable menée par Antoine Stinco a permis d'y installer la Bibliothèque Sainte-Barbe, reconvertissant ce lieu chargé d'histoire en un pôle universitaire contemporain. La liste des anciens élèves, de la trempe d'un Ignace de Loyola, d'un Gustave Eiffel, d'un Jean Jaurès, ou d'un Michel Piccoli, témoigne de l'aura intellectuelle et de l'impact culturel indéniable de cette institution qui, au-delà de ses murailles, a formé l'esprit de générations.