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Aqueduc Médicis: regardno8

Aqueduc Médicis: regardno8

2 avenue Larroumès, L'Haÿ-les-Roses

L'Envolée de l'Architecte

L'aqueduc Médicis, plus qu'une simple conduite d'eau, incarne avec une certaine austérité la perpétuelle quête humaine de maîtriser son environnement urbain, ici la soif d'une capitale grandissante, et accessoirement les caprices d'une reine mère. Son histoire est celle d'une réponse technique à une pénurie chronique, en particulier sur cette rive gauche parisienne, alors singulièrement délaissée en matière d'approvisionnement hydraulique au début du XVIIe siècle. L'impulsion fut donnée par Marie de Médicis, dont le projet de palais du Luxembourg exigeait une somptuosité aquatique qui dépassait les capacités existantes. C'est ainsi que, sous la direction successive de Jean Coingt et Jean Gobelain, fut érigée cette œuvre discrète mais essentielle, inaugurée en 1623. Une médaille du prévôt Gaston de Grieu, dès 1614, immortalise d'ailleurs le début des travaux, signe de l'importance politique et pratique du chantier. Cet aqueduc se distingue par sa nature essentiellement souterraine, dérobée à la vue du passant. Une galerie voûtée en plein cintre, d'environ un mètre de large sur 1,75 mètre de hauteur, chemine sous le sol, ses murs de meulière et caillasse étant consolidés par des chaînages de pierres de taille, et son fond aménagé d'une cunette pour l'écoulement. Le système des regards, jalonnant le parcours, est d'une utilité éminemment pragmatique : ces édicules, dont le regard no 8 fait partie intégrante de cette séquence souterraine, offrent un accès à la galerie et abritent des bassins favorisant l'oxygénation et le dépôt des impuretés. Ils sont les points de ponctuation d'une œuvre qui préfère l'efficacité à l'ostentation, même si certains, comme le regard no 1, dit Louis XIII, ou le célèbre pavillon du Fontainier (regard no 27) à l'Observatoire, acquirent une importance symbolique ou fonctionnelle particulière, ce dernier étant le centre névralgique de la répartition des eaux entre le roi, la ville et les communautés religieuses. La seule concession notable à une visibilité architecturale est le pont-aqueduc d'Arcueil-Cachan. Cet ouvrage, fruit du talent de Thomas Francine et Louis Métezeau, est une prouesse qui permet de franchir la vallée de la Bièvre, succédant sur ce site précis à l'aqueduc de Lutèce et partageant plus tard les lieux avec l'aqueduc de la Vanne. Ses dix-huit travées, dont neuf percées d'arcades, attestent d'une robustesse structurelle remarquable, classée au titre des monuments historiques, et démontrent la pérennité de l'ingénierie hydraulique sur ce point de passage privilégié. Les eaux, jadis captées aux sources de Rungis dans un carré des eaux méticuleusement aménagé, puis complétées au fil des siècles par d'autres affluents, étaient célèbres pour leur limpidité et leur teneur calcaire. Elles alimentaient des fontaines parisiennes telles que celle du Pot-de-Fer ou de Saint-Côme, et même, par un conduit traversant la Seine, la place de Grève. Cependant, l'urbanisation galopante du XXe siècle, avec l'expansion de l'aéroport d'Orly et la construction du Marché d'Intérêt National, a entraîné un bouleversement irréversible du sous-sol. Aujourd'hui, la plupart des sources originelles sont taries, et la qualité de l'eau, rendue impropre à la consommation, ne répond plus aux critères d'hygiène modernes. L'aqueduc Médicis demeure en service, géré par Eau de Paris, mais son rôle a évolué, ses eaux étant désormais déversées dans le lac du parc Montsouris. Il est un témoignage silencieux des mutations urbaines, des ambitions monarchiques et de la constante adaptation d'une infrastructure à des défis toujours renouvelés, offrant même ses tronçons désaffectés dans Paris à des usages prosaïques, de la cave à l'abri anti-aérien, preuve de sa résilience matérielle et de l'ingéniosité des hommes.