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Piscine Pontoise

Piscine Pontoise

17 rue de Pontoise, Paris 5e

L'Envolée de l'Architecte

L'édification de la piscine Pontoise, achevée en 1933 dans le 5e arrondissement de Paris, s'inscrit non pas comme un fait divers architectural, mais comme l'une des expressions d'une politique urbaine volontariste de l'entre-deux-guerres. Lucien Pollet, architecte dont le nom est indissociable d'une série d'ouvrages aquatiques publics de cette décennie – dont les plus illustres, comme Molitor, ont accaparé la postérité – a livré ici une œuvre d'une sobriété fonctionnelle remarquable, bien que moins exubérante que certains de ses contemporains. Pontoise participe ainsi à cette "famille" des piscines construites sous l'égide des Piscines de France, dont les typologies architecturales, entre Art Déco et modernisme naissant, tendaient à concilier hygiénisme et loisir populaire. Loin de l'ornementation superflue, l'architecture de Pollet à Pontoise privilégie une rigueur géométrique et la célébration du volume et de la lumière. L'enveloppe extérieure, souvent contrainte par l'insertion urbaine et des impératifs économiques, se révèle parfois discrète, presque austère, mais elle ne fait que préluder à la magnificence spatiale de l'intérieur. C'est là que se déploie toute l'ampleur de l'édifice : une halle monumentale, baignée par la lumière zénithale filtrant à travers de vastes verrières et par l'éclat des carreaux de grès cérame qui tapissent les bassins et les parois. Cette dialectique entre un extérieur souvent contenu et un intérieur spectaculaire est une constante de cette période, où l'on créait des havres aquatiques insoupçonnés au cœur du tissu urbain. Les matériaux – le béton armé pour la structure, le verre et l'acier pour les verrières, les mosaïques de faïence pour les surfaces aquatiques – concourent à une esthétique qui conjugue robustesse, luminosité et une hygiène visuelle irréprochable. L'inscription de Pontoise au titre des monuments historiques en 1998, suivie d'une restauration en 2023, constitue une reconnaissance tardive, mais nécessaire, de la valeur patrimoniale de ces équipements publics autrefois considérés comme de simples commodités. Il est fascinant d'observer comment de tels lieux, conçus pour la natation populaire, acquièrent une seconde vie culturelle. La piscine Pontoise, avec son atmosphère si particulière, est devenue un décor prisé par le septième art, servant de cadre à des œuvres marquantes comme "Trois Couleurs : Bleu" de Kieślowski ou "Le Fabuleux Destin d'Amélie Poulain" de Jeunet. Ces apparitions cinématographiques ne sont pas anodines ; elles témoignent d'une qualité spatiale et lumineuse que les cinéastes savent exploiter pour créer des ambiances. De même, la première Nuit Blanche parisienne en 2002, avec l'installation "Deep Water" de Nathalie Junod Ponsard, a démontré la capacité de l'édifice à se muer en un réceptacle d'expériences artistiques, confirmant ainsi qu'au-delà de sa fonction primaire, l'architecture de Lucien Pollet à Pontoise continue d'inspirer et de susciter l'étonnement.