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Château d'Arnouville

Château d'Arnouville

Arnouville

L'Envolée de l'Architecte

L'ambition, souvent, se mesure moins à ce qu'elle achève qu'à ce qu'elle laisse en suspens. Le château d'Arnouville, œuvre inaboutie des années 1750, témoigne de cette vérité avec une éloquence certaine. Conçu par les architectes Pierre Contant d'Ivry et Jean-Michel Chevotet pour Jean-Baptiste de Machault d'Arnouville, ministre influent de Louis XV, il devait incarner une magnificence propre à un homme d'État en pleine ascension. Le projet initial, d'une envergure considérable, prévoyait un corps de logis en U, flanqué d'ailes perpendiculaires s'inscrivant dans la topographie du lieu. Ce grand dessein ne se réalisa qu'en partie, laissant ériger la longue aile orientale, seule visible aujourd'hui. Sa façade, d'une dignité sobre, se compose d'un rez-de-chaussée surélevé et d'un étage sous combles, ponctué de dix-huit ouvertures harmonieusement réparties. Une façade en retour, adossée à l'ancien pavillon carré hérité par Machault, fut laissée inachevée, rappel constant de la fortune changeante de son commanditaire. Les fondations, d'une rare ampleur, forment une terrasse étirée, offrant une perspective dégagée sur des parterres et un canal, autrefois irrigués par une ingénieuse machine hydraulique conçue par Deparcieux et Laurent. L'élément le plus achevé et le plus remarquable demeure sans conteste la chapelle, située à l'extrémité de cette aile. Elle offre une démonstration virtuose des techniques constructives de l'époque, notamment par sa coupole à voûte sarrazine, également désignée comme « à la roussillonnaise ». Réalisée en brique et plâtre, cette structure repose directement sur les murs porteurs, percée de quatre lucarnes qui dispensent une lumière zénithale. Contant d'Ivry, en l'introduisant au nord de la Loire, innovait, rappelant ici la parenté avec sa propre réalisation pour l'abbaye de Penthemont. Ses murs, malheureusement, ont perdu le décor en trompe-l'œil que Brunetti fils y avait jadis peint. L'orangerie, quant à elle, subsiste avec son ordre dorique et sa cheminée de style Louis XV, modeste vestige d'un faste projeté. L'arrêt des travaux, intervenu sans doute dès 1757 avec la disgrâce de Machault, figea cette architecture dans une perpétuelle attente. Le ministre, retiré sur ses terres, y connut des jours moins glorieux. La Révolution française, bien sûr, ne manqua pas de balayer les restes de cette grandeur aristocratique. Machault lui-même, âgé, mourut en prison, anticipant un jugement du Tribunal révolutionnaire. Un siècle plus tard, en 1815, le château devint l'étape d'un Louis XVIII fraîchement rentré d'exil, un épisode que Chateaubriand relate dans ses Mémoires d'outre-tombe, conférant à ce lieu inachevé une brève résonance historique inattendue. Plus prosaïquement, l'histoire du château se poursuit par un certain dépeçage. La baronne Nathaniel de Rothschild, acquéreuse temporaire en 1872, se permit d'emporter les ferronneries du grand escalier et surtout la monumentale grille d'entrée, dessinée par Contant d'Ivry et exécutée par le serrurier Nesle, pour les faire remonter à l'abbaye des Vaux-de-Cernay. Un acte de transplantation architecturale qui signa une perte irréversible pour Arnouville, dont la grille actuelle n'est qu'une reconstitution du XIXe siècle. Les majestueuses écuries, elles, furent purement et simplement détruites. Le domaine, depuis les années 1920, a connu une vocation plus sociale. De centre de soins pour blessés de la Première Guerre mondiale, il est devenu un institut de formation horticole pour jeunes en difficulté, une transformation qui confère à cette demeure aristocratique une nouvelle utilité, certes bien éloignée de son dessein originel, mais non moins pertinente. L'ensemble, inscrit depuis 2000 au titre des monuments historiques, continue d'interroger par son histoire fragmentée et ses ambitions contrariées.