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musée Le Secq des Tournelles

musée Le Secq des Tournelles

Rue Jacques-Villon, Rouen

L'Envolée de l'Architecte

L'édifice qui abrite aujourd'hui le musée Le Secq des Tournelles à Rouen illustre de manière éloquente la transformation des usages et des perceptions architecturales au fil des siècles. Jadis église paroissiale dédiée à Saint-Laurent, sa vocation religieuse du Moyen Âge, initiée dès 1024, s'est muée en un écrin séculier pour la ferronnerie d'art. Les murs de cet ancien lieu de culte, reconstruits entre 1440 et 1482 dans un style gothique tardif, avec une tour érigée à l'aube du XVIe siècle, témoignent d'une histoire chahutée par les éléments et les hommes. Son clocher, maintes fois affaibli et reconstruit, fut finalement démoli en 1810, marquant la fin d'une certaine suprématie verticale dans le paysage urbain. Désaffectée dès 1791 par la Révolution, l'église connut une période de disgrâce, servant tour à tour de club jacobin, de hangar, puis d'écurie, une déchéance d'autant plus frappante pour une structure de cette envergure. Cet oubli faillit lui être fatal lorsque, à la fin du XIXe siècle, un notaire envisagea sa démolition pure et simple pour ériger un immeuble d'habitation. Ce projet, révélateur d'une époque où le patrimoine n'était pas toujours la priorité, fut heureusement contrecarré par la volonté de préservation. C'est en 1893 que la ville de Rouen acquit le bâtiment, sous l'impulsion de l'architecte Lucien Lefort qui entreprit d'importantes réparations structurelles. Il s'attacha à consolider la bâtisse par des reprises en sous-œuvre, à restaurer les fenestrages et les portes, et à reconstituer les balustrades, ressuscitant ainsi la dignité de l'architecture. La vaste nef, les chapelles latérales et les voûtes de pierre, conçues pour résonner des chants sacrés, allaient désormais accueillir les reflets plus discrets mais non moins profonds de l'art du fer. C'est dans cet espace restauré que fut inauguré en 1921 le musée, héritier de la collection inestimable de ferronnerie initiée par Henri Le Secq et enrichie par son fils. Plus de quinze mille pièces y sont présentées : des éléments d'architecture aux serrures complexes, des enseignes pittoresques aux bijoux délicats, des outils robustes aux accessoires de couture. Ce fonds unique au monde, labellisé musée de France, offre un dialogue singulier entre la monumentalité de la pierre gothique et la minutie ouvragée du métal. La force des pleins architecturaux de l'église met en lumière la finesse des vides créés par la ferronnerie, chaque objet, par sa forme et sa fonction passée, conférant une nouvelle signification à l'espace. Le musée Le Secq des Tournelles n'est pas seulement un conservatoire, c'est aussi le témoin d'une réaffectation réussie, où l'esprit du lieu s'est transformé sans s'éteindre, offrant une pérennité inattendue à une architecture et à un artisanat précieux.