Rue du Commissaire-Divisionnaire-Antoine-Becker, Marseille
Le bâtiment désigné aujourd'hui sous le nom familier de l'Évêché à Marseille, occupant la rue du Commissaire-Divisionnaire-Antoine-Becker, présente moins un monument figé qu'une stratigraphie d'intentions et de fortunes, dont la plus récente est d'abriter les services de la Police nationale. L'édifice actuel, inscrit aux Monuments historiques pour ses façades, toitures et son portail sur rue dès 1978, n'est en vérité que la manifestation la plus tardive d'une longue série de palais épiscopaux. L'archéologie récente, notamment en 2008, a révélé des vestiges d'une splendeur paléochrétienne, une mosaïque polychrome du Ve siècle, d'une quinzaine de mètres carrés, dont les milliers de tesselles dessinent des motifs d'acanthes, de paons affrontés séparés par une tige de rose. Cette iconographie, typique de l'époque, était ici magnifiée pour affirmer, sans ambages, la prééminence de l'évêque de Marseille face à ses pairs régionaux. Il s'agissait bien d'une architecture du pouvoir, où le faste du décor intérieur soutenait la légitimité. Un ensemble plus vaste, comprenant église et baptistère, accompagnait cet ancien palais, révélant la complexité d'une cité épiscopale originelle. L'existence du palais médiéval, près des remparts, illustre une autre contrainte: celle de la défense. Agrandie au fil des évêques, comme Jean Gasc et Robert de Mandagout, par l'acquisition de tours, cette structure fut, par un acte brutalement pragmatique, rasée en 1524. La nécessité militaire, lors du siège par les troupes impériales, primait alors sur le prestige ecclésiastique. Le nouvel édifice, initié par Arthur d'Épinay de Saint-Luc puis concrétisé par Étienne de Puget à partir de 1648, sur l'emplacement d'une ancienne fonderie, ne fut achevé que sous Toussaint de Forbin-Janson. Sa construction fut le fruit de manœuvres financières complexes, telle la cession de la juridiction de Saint-Marcel, démontrant que l'ambition architecturale de l'Église se heurtait souvent aux réalités budgétaires et territoriales. Mgr Henri de Belsunce, au XVIIIe siècle, y ajouta une galerie, embellissement somme toute courant pour l'époque, qui témoigne de la continuité des efforts pour maintenir l'édifice à la hauteur de sa fonction. La Révolution, prévisiblement, nationalisa ce bien avant qu'il ne soit rendu à l'évêché à la Restauration, non sans d'importants frais de réparation. Mais le destin du palais épiscopal de Marseille fut scellé par la loi de 1905. L'expulsion de Mgr Pierre Paulin Andrieu en 1906 marqua la fin de son usage religieux. Deux ans plus tard, la Police nationale s'y installait, conférant au lieu sa nouvelle identité. Un ajout moderne par René Egger en 1950, destiné à étendre les capacités d'accueil des services, juxtapose une esthétique nouvelle aux lignes classiques du XVIIe siècle, créant une dissonance architecturale qui n'est pas sans intérêt pour l'observateur. Aujourd'hui, l'édifice, désormais trop exigu et sujet à la vétusté, est à nouveau sur le point de connaître une mutation, ses occupants actuels envisageant un déménagement. L'Évêché, en définitive, est un bâtiment dont la fonction fut toujours celle d'une affirmation de pouvoir, qu'il soit ecclésiastique ou étatique, mais dont la forme ne cesse de muter au gré des contingences historiques et des nécessités contemporaines.