2, avenue de la Paix, Châtillon
L'édification de Notre-Dame-du-Calvaire à Châtillon, de 1932 à 1934, s'inscrit dans la vaste entreprise des Œuvres des Chantiers du Cardinal, vouée à pourvoir la banlieue parisienne d'édifices cultuels fonctionnels et économiquement viables. Cette genèse conditionne d'emblée la singularité de l'ouvrage, en privilégiant sans ambages la brique de Bagneux, un matériau local, robuste et peu onéreux. Ce choix, pragmatique avant tout, confère à l'ensemble sa désignation populaire d'« église rouge », sobriquet révélateur d'une esthétique non dénuée d'une certaine rudesse, mais qui ne manque pas de caractère. Le style néo-byzantin, avec sa succession de trois coupoles, ses bas-côtés et son clocher massif, témoigne d'une volonté de monumentalité et d'une référence à une tradition ecclésiastique éprouvée, tout en s'adaptant aux contraintes modernes de rapidité d'exécution et de maîtrise des coûts. La façade, d'une sobriété étudiée, offre un dénuement presque ascétique, rehaussé par des bas-reliefs en bronze et une piéta en pierre, éléments sculpturaux qui viennent briser la linéarité du parement de briques. L'intérieur déploie un programme iconographique d'une ambition rare pour l'époque, orchestré initialement par Jean-Pierre Laurens et brillamment mené à terme par son épouse Yvonne Diéterle Laurens et ses élèves. C'est là que l'édifice révèle sa véritable richesse et son originalité. L'introduction par les figures des archanges Saint Michel, Saint Raphaël et Saint Gabriel prépare le fidèle à une immersion dans un récit sacré d'une grande cohérence théologique. Les trois coupoles, consacrées successivement au Père, au Fils et au Saint-Esprit, déploient une sémiotique visuelle complexe, où chaque travée constitue un chapitre. La première coupole, dédiée au Père, évoque la Création, avec un médaillon central de Marie annonçant la nouvelle création, encadrée par les prophètes. La deuxième, axée sur le Christ, le présente bénissant, entouré d'anges musiciens dans une exultation cosmique, tandis que les arcades latérales développent des thèmes évangéliques et une méditation sur la vie spirituelle du chrétien. Il est à noter, et c'est là une précieuse finesse, l'influence manifeste de Charles Péguy sur certaines fresques, notamment celles où le Christ épouse la Souffrance et le fidèle l'Espérance, un dialogue entre l'abnégation divine et l'élan humain, rappelé par les bas-reliefs de l'autel central. La dernière coupole, celle de l'Esprit-Saint, symbolisée par une colombe sur les Écritures, est complétée par la scène de la Pentecôte et un hommage appuyé à Sainte Jeanne d'Arc, dont le culte fut réactualisé au début du XXe siècle, un choix qui reflète la sensibilité des commanditaires et des artistes. La présence d'une « tape de bouche » offerte par le navire école Jeanne d'Arc, désarmé en 2010, ajoute une note d'anecdote charmante et inattendue, liant l'histoire de la foi à celle de la nation. La chapelle de la Vierge, en retrait, propose une sobriété qui contraste avec la profusion des fresques de la nef, rappelant la quête de l'essentiel chère à Laurens. Le chœur, enfin, culmine avec une grande fresque du Couronnement de la Vierge, dont la composition s'inspire directement du célèbre tableau d'Enguerrand Quarton, un clin d'œil érudit qui ancre l'œuvre dans la grande tradition picturale française. Les apôtres et la foule des saints anonymes à leurs pieds complètent cette vision céleste, tandis que les piliers illustrent des figures hagiographiques majeures. L'ensemble, inscrit au titre des monuments historiques, témoigne d'un art religieux des années 1930 qui, loin d'être un simple pastiche, sut intégrer les exigences d'une commande ecclésiastique aux défis esthétiques et techniques de son temps, offrant un témoignage éloquent de la persistance de la commande artistique sacrée en France.