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Maison Bloc

Maison Bloc

Rue des Capucins, Meudon

L'Envolée de l'Architecte

Érigée en 1949, la résidence d'André Bloc à Meudon se présente moins comme une simple habitation que comme un manifeste de la synthèse des arts, une quête incessante de son concepteur pour réconcilier des disciplines que d'autres s'évertuaient à cloisonner. L'ingénieur de formation qu'était Bloc n'hésitait en effet pas à transgresser les frontières disciplinaires, conviction nourrie par sa fréquentation assidue des grands noms de l'architecture moderne, de Le Corbusier à Perret, en passant par Sauvage. Les revues qu'il fonda, notamment L'Architecture d'aujourd'hui et Aujourd'hui, ne furent pas de simples tribunes mais de véritables laboratoires d'idées, dont la formule inaugurale – concilier « l'art de l'ingénieur, l'art du constructeur, l'art du plasticien, l'art de l'architecte » – résonne comme le credo de sa propre pratique. C'est dans cet esprit que la maison de Meudon voit le jour. L'alliance du béton, matière malléable propice aux audaces formelles, et de la pierre, un ancrage plus vernaculaire, confère à l'ensemble une matérialité à la fois résolument moderne et délicatement texturée. Le volume, résolument courbe, rompt avec la rigueur orthogonale souvent associée à l'esthétique moderniste d'après-guerre, suggérant une quête d'organique, une tentative d'affranchissement des contraintes euclidiennes pour se fondre dans le paysage. Cette implantation en contrebas du parc, alliée à de généreuses baies vitrées, orchestre un dialogue constant avec la nature environnante. L'intérieur semble ainsi se dilater vers l'extérieur, effaçant la limite entre l'espace domestique et le grand dehors, non sans poser la question de l'intimité, toujours relative dans ce genre de dispositif. L'architecte invite le regard à se perdre dans les perspectives offertes par le site, transformant la façade en un immense cadre paysager. Mais l'expérimentation ne s'arrête pas aux murs de la maison. Le parc, loin d'être un simple écrin végétal, devient lui-même un terrain de jeu formel avec la réalisation, entre 1964 et 1966, des désormais célèbres « sculptures habitables ». Ces formes monumentales, à mi-chemin entre l'objet d'art et la structure habitable – telles la Sculpture habitacle n°2 et n°3 – incarnent la quintessence de sa recherche d'une « forme libre », où la fonction s'efface parfois devant la pure expression plastique. Elles posent avec acuité la question des limites de l'architecture, de son seuil de basculement vers la sculpture pure, interrogeant la notion même d'habitat. Il est d'ailleurs piquant de constater que cette maison, laboratoire d'une modernité assumée, fut choisie en 1966 comme toile de fond pour le défilé de mode irrévérencieux du film « Qui êtes-vous, Polly Maggoo ? » de William Klein. Une œuvre cinématographique satirique sur le monde de la mode et son avant-garde, qui trouva dans les lignes audacieuses de Bloc un décor idéal pour ses provocations stylisées. Son classement comme monument historique en 1983 vient, bien après l'effervescence des premières années, consacrer la singularité d'une démarche qui, loin des dogmes établis, cherchait une voie originale entre art et technique, entre fonction et expression formelle.