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Mairie du9earrondissement

Mairie du9earrondissement

6 rue Drouot, Paris 9e

L'Envolée de l'Architecte

L'édifice que l'on nomme aujourd'hui la Mairie du 9e arrondissement n'est, à l'origine, qu'une de ces demeures privées d'exception, fruit d'une commande d'envergure, destinée à asseoir la position d'un fermier général, Alexandre Estienne, baron d'Augny. Érigée entre 1746 et 1748 par Charles-Étienne Briseux, cette construction n'était point un manifeste architectural pur, mais plutôt un écrin de prestige, dont le faste intérieur, orchestré par des talents tels que Pineau pour la sculpture, et une constellation de peintres comme Boucher ou Van Loo, témoignait de la fortune et du goût pour l'ostentation de son commanditaire. On louait alors ses « petits appartements comme chez le Roi », ses aménagements fonctionnels d'une rare ambition, révélant une séquence spatiale pensée pour le confort et le divertissement, du manège couvert aux bains. L'abondance des décors rocaille, dont certains vestiges subsistent avec parcimonie, attestait d'une esthétique alors à son apogée. Il fut, à juste titre, perçu comme « une des plus belles maisons de Paris », ce qui, pour une ville alors florissante, n'est pas un compliment mince. Après la Révolution, cette demeure, ayant étrangement épargné son propriétaire de la fureur populaire – une chance rare pour un financier de l'Ancien Régime –, connut une destinée plus légère, mais non moins tumultueuse. Elle se mua en cénacle du jeu et des plaisirs mondains, abritant le fameux « Cercle des Étrangers ». C'est là que les « bals des Étrangers », où l'anonymat du masque déliait les mœurs et les bourses, faisaient et défaisaient les fortunes, comme celle de cette dame d'honneur de Joséphine, dont la déconfiture financière au jeu lui coûta sa place aux Tuileries. L'Empereur Napoléon lui-même dut y mettre un terme, interdisant ces pratiques masquées, ce qui montre bien l'impact social et moral de ces lieux de débauche élégante. On raconte même qu'ici, du 8 au 10 Thermidor an II, se tint un sinistre 'Bal des victimes', où l'on dansait encore au lendemain de la Terreur, avec une frivolité macabre. La demeure passa ensuite aux mains du banquier Alexandre Aguado en 1829. Sous son égide, l'hôtel connut une métamorphose significative. Les exubérances rococo des intérieurs furent expurgées au profit d'une sobriété́ plus conforme au goût Charles X, marquant une rupture stylistique typique de l'évolution des modes. Les initiales 'AA' sur les ferronneries et boutons de porte devinrent la nouvelle signature de cette propriété. Une partie de son jardin, emblème de l'espace privé et de l'isolement aristocratique, fut même cédée au pragmatisme urbain de l'époque, pour l'aménagement du Passage Jouffroy, démontrant l'intégration progressive de ces îlots de richesse au tissu urbain haussmannien naissant. En 1848, la Ville de Paris acquit l'édifice, signant la fin de son ère privée pour entamer sa vocation administrative. De l'ancien 2e arrondissement, elle devint la mairie du 9e en 1860. Cette nouvelle fonction imposa des extensions, les ailes latérales construites par Alfred-Philibert Aldrophe, bien que cherchant à pasticher le style du bâtiment central, conférèrent à l'ensemble un caractère plus institutionnel, moins intime. L'ajout d'une statue allégorique de la Victoire, œuvre Art déco de François-Léon Sicard en 1932, dans la cour, aux côtés du monument aux morts, ancre la bâtisse dans une nouvelle historicité, celle de la commémoration républicaine. L'ensemble, inscrit partiellement aux monuments historiques en 1927, puis restauré entre 1972 et 1985 sous la direction de Jean-Jacques Fernier, constitue un palimpseste architectural et historique, témoin d'une succession de vies, de l'ostentation privée au service public, tout en conservant, par bribes, le souvenir d'une grandeur passée, où l'esprit de Fontenelle, dit-on, fut même présent lors d'une répétition musicale. Cette maison n'est donc pas seulement un lieu administratif, mais une capsule temporelle des mœurs et des transformations urbaines parisiennes.