55 cours Georges-Clemenceau, Bordeaux
L'Hôtel Dublan, ou Journu, tel qu'il fut renommé au gré des successions, s'inscrit dans le paysage bordelais du XVIIIe siècle comme un spécimen de l'hôtel particulier, édifié par François Lhote en 1778. L'architecte livra l'ouvrage à Pierre Dublan, procureur de son état, pour une somme conséquente, près de 74 000 livres de l'époque, ce qui équivaudrait aujourd'hui à plus d'un million d'euros. Cette transaction rapide et le désengagement du commanditaire six ans à peine après l'achèvement du chantier interrogent sur la pérennité des aspirations bourgeoises, ou peut-être sur la simple spéculation foncière. L'édifice présente trois niveaux, dont le fameux bel étage, caractérisé par ses fenêtres généreuses, gracieusement rehaussées de frontons hauts, une élégance de composition qui répond aux canons classiques de l'époque. La corniche, quant à elle, dissimule habilement la toiture derrière une balustrade, conférant à l'ensemble une silhouette résolument horizontale et une discrétion certaine. La singularité architecturale réside néanmoins dans sa cour intérieure, agencée en fer à cheval, une disposition relativement rare qui permet d'articuler les espaces et d'optimiser l'apport lumineux, conférant à la structure une respiration inattendue au cœur de l'îlot urbain. Ce détail, d'une astuce spatiale indéniable, trahit une certaine ingéniosité dans la composition des lieux. Il n'est d'ailleurs pas anodin que Victor Louis, figure emblématique de l'architecture bordelaise, ait vu en lui un joyau, une appréciation qui, pour flatteuse qu'elle soit, souligne avant tout une réussite dans l'application des principes esthétiques de son temps. Après les Dublan, l'hôtel passa entre les mains des de Verthamon, puis du négociant Desfournel, qui entreprit un agrandissement de la partie arrière en 1807, modifiant ainsi discrètement l'économie du plan initial. C'est en 1824, avec l'acquisition par Bernard Auguste Journu, que le nom d'Hôtel Journu lui fut définitivement accolé. L'édifice traversa le temps, non sans heurts, puisqu'un incendie au début du XXe siècle nécessita une restauration par Louis Garros. Fort heureusement, ce dernier sut préserver l'allure originelle de la façade, évitant ainsi un de ces repentirs stylistiques dont l'histoire de l'architecture regorge. L'inscription au titre des monuments historiques, d'abord en 1935, puis en totalité en 2020, entérine la valeur patrimoniale de cette demeure, témoin d'une certaine opulence bordelaise et d'une maîtrise architecturale d'un classicisme affirmé.