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Église Notre-Dame de Taverny

Église Notre-Dame de Taverny

Taverny

L'Envolée de l'Architecte

L'Église Notre-Dame de Taverny, érigée entre 1200 et 1240 sous l'égide des Montmorency, se dresse sur une terrasse dominant la vallée, tel un manifeste de puissance seigneuriale. Cet édifice, d'une homogénéité architecturale rare pour son époque et sa localisation, s'inscrit pleinement dans les aspirations du gothique rayonnant naissant, sans les compromis souvent dictés par les contraintes économiques. Sa nef, d'une générosité spatiale étonnante pour une église dite rurale, atteint dix-sept mètres de hauteur, accentuant cette sensation d'élancement que l'on recherchait alors dans les plus vastes cathédrales. Les grandes arcades largement ouvertes, les piliers monocylindriques discrets, et l'étage du triforium, continu et éclairé par une claire-voie précoce en façade occidentale, confèrent à l'ensemble une luminosité et une verticalité remarquables. Les fenêtres hautes, majoritairement remaniées à la période flamboyante puis restaurées au XIXe siècle, laissent toutefois entrevoir l'audace initiale des percements. L'architecte, dont le nom nous échappe, sut ici développer un concept intégralement abouti, rivalisant, aux dires des érudits du XIXe siècle, avec l'abbatiale de Royaumont ou l'ancienne basilique de Pontoise, aujourd'hui disparues. Le transept, avec sa croisée aux piles en losange, et ses croisillons différenciés, témoigne d'une recherche constante de la lumière. Émile Lambin notait d'ailleurs que cet édifice, presque transparent, respirait la jeunesse et la joie, tranchant ainsi avec la gravité de nombre de ses illustres consœurs parisiennes. Le chœur, audacieusement dépourvu de travée droite, s'enchaîne directement à la croisée, une singularité pour une église de cette envergure. L'abside heptagonale, flanquée de deux chapelles orientées, devait initialement se parer d'une élégance simple, avant que le retable Renaissance offert par Anne de Montmorency ne vienne, par sa magnificence, mais aussi par son encombrement, briser la perspective d'un sanctuaire déjà peu profond. Les façades extérieures, maintes fois restaurées, portent les stigmates de ces interventions successives. La façade occidentale, par exemple, a perdu une grande partie de son authenticité, mais conserve un grand triplet soulignant l'équilibre des volumes. La porte du roi Jean, dans le croisillon sud, offerte par Philippe VI de Valois en 1335 pour la guérison de son fils, est un témoignage d'un art plus tardif et d'une influence royale. Quant au mobilier, il recèle des pièces dignes d'intérêt, notamment les remarquables bas-reliefs du buffet d'orgue, vestiges d'un ancien jubé Renaissance, dont la maîtrise de la perspective et le récit de la vie de saint Barthélemy sont d'une finesse rare. On y observe également cette statue du XIIIe siècle de Notre-Dame de Taverny, dont l'histoire contemporaine, marquée par un vol et une surprenante réévaluation de sa datation, ajoute une note d'incertitude à sa longue existence. L'église Notre-Dame de Taverny demeure, malgré les ajouts et les restaurations successives, un exemple éloquent des ambitions architecturales et artistiques du XIIIe siècle en Île-de-France, témoignant d'une époque où la puissance locale pouvait se parer des mêmes raffinements que les plus grands chantiers royaux.