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Laiterie de Madame

Laiterie de Madame

57 avenue de Paris, Versailles

L'Envolée de l'Architecte

Le petit édifice connu sous le nom de Laiterie de Madame, sis rue Vauban à Versailles, présente d'emblée une ambiguïté des plus fascinantes. Traditionnellement attribué à Jean-François Chalgrin, qui l'aurait conçu en 1780 pour la Comtesse de Provence, épouse du futur Louis XVIII, sa paternité et son affectation originelle sont remises en question par des recherches plus récentes. Au-delà de ces considérations d'état civil, ce curieux temple en rondins est un exemple précoce et charmant d'une sensibilité architecturale pré-romantique. L'interprétation de Michel Gallet, décrivant des colonnes en bois et des denticules en placage d'écorce, évoque une forme de primitivisme, une aspiration à la simplicité rustique. C'est précisément ce que Fabienne Cirio souligne en le qualifiant de fabrique illustrant les origines de l'architecture selon Vitruve. L'architecte romain, dans De Architectura, narre la genèse de l'art de bâtir à partir de la cabane primitive en bois, modèle réduit d'un ordre naturel et fondamental. Cet édicule, malgré sa modestie, s'inscrit donc dans une lignée intellectuelle prestigieuse, loin de la grandiloquence des châteaux. Il s'agissait, pour ces nobles dames, de recréer à petite échelle une pastorale idéalisée, un simulacre de vie campagnarde où l'on pouvait s'adonner à des plaisirs simples, comme déguster du lait frais. Cette laiterie est ainsi une variation sur le thème des fabriques du Hameau de la Reine à Trianon, offrant un délassement stylisé, un contrepoint pittoresque à l'étiquette de la Cour. Les matériaux non conventionnels — le bois brut, l'écorce — et l'agencement qui se veut naïf, voire archaïque, confèrent à l'ensemble une patine d'authenticité factice, caractéristique des folies champêtres de l'époque. Ces constructions étaient des théâtres de l'intime, des décors pour une rêverie. L'hypothèse que l'édifice aurait pu être construit au début du XIXe siècle pour un certain Froment de Champ-Lagarde et n'aurait jamais appartenu à la comtesse, loin de le déprécier, ancre davantage cette petite architecture dans une lignée de commandes privées où le goût pour l'exotisme domestique et le retour à une nature idéalisée perdurait. Son classement au titre des monuments historiques en 1957 reconnaît sa singularité et son importance comme témoin d'une époque où l'architecture flirtait avec l'illusion et le pittoresque.