5 avenue de l'Opéra, Paris 1er
L'avenue de l'Opéra, tracé urbain majeur du Paris haussmannien, achevée vers 1879, est bordée d'édifices dont la majestueuse uniformité dissimule parfois des intentions architecturales plus nuancées. Au numéro cinq, l'immeuble ayant abrité le Cercle républicain, érigé entre 1877 et 1878 par Arthur Froelicher, s'inscrit dans cette continuité formelle. Sa façade, sans ostentation superflue, répond aux canons de l'époque : une pierre de taille rigoureuse, des proportions équilibrées, des ornementations mesurées. L'extérieur se veut une expression de la solidité et de la respectabilité bourgeoise et républicaine alors en pleine consolidation. Cependant, c'est au-delà de cette enveloppe classique que l'édifice révèle sa véritable singularité et son intérêt patrimonial, particulièrement dans les aménagements intérieurs des salons. Tandis que l'architecte Froelicher, souvent associé à des projets de l'ère post-haussmannienne, se contentait d'une certaine sobriété structurelle – son œuvre demeurant celle d'un praticien efficace plutôt que d'un novateur flamboyant – le commanditaire a su faire appel à des talents reconnus pour l'embellissement. Ainsi, les salons de céramique et mauresque, inscrits au titre des monuments historiques depuis 1996, témoignent d'une ambition décorative certaine. Le salon de céramique, et surtout le salon mauresque, furent orchestrés par Théodore Deck, l'un des céramistes les plus éminents du XIXe siècle français, et ce, à partir de dessins fournis par Edmond Lachenal. Deck, dont la maîtrise des glaçures était légendaire – son fameux « bleu de Deck » est resté dans les annales – a insufflé une richesse chromatique et texturale à ces espaces. L'emploi de la céramique, matériau alors en pleine renaissance artistique, conférait une préciosité et une durabilité remarquables. Le salon mauresque, quant à lui, est une illustration emblématique du goût orientaliste qui imprégnait les intérieurs bourgeois et mondains de l'époque, offrant une évasion esthétique vers des horizons exotiques, propice aux conversations feutrées et aux fumées de cigares qui devaient y flotter. C'est un clin d'œil à l'engouement du Second Empire et du début de la Troisième République pour l'ailleurs, souvent réinterprété à travers un prisme fantasmé. Le détail des dessins de Lachenal, « loués » au Cercle, est assez révélateur des pratiques de l'époque : une collaboration où la conception artistique et la réalisation artisanale se complétaient pour créer des ambiances uniques. Le Cercle républicain lui-même, en tant qu'institution, était un lieu de sociabilité masculine cruciale pour l'élaboration et la diffusion des idées de la jeune Troisième République, où se côtoyaient hommes politiques, industriels et intellectuels. Sa présidence par Marcel Martin dans les années 1980, ancien sénateur-maire, souligne la continuité de sa fonction de lieu d'influence, bien au-delà de sa période de création. L'édifice, par la dialectique entre son enveloppe urbaine discrète et ses intérieurs d'une richesse décorative inattendue, propose une vision éloquente de l'art de vivre et de l'affirmation identitaire républicaine à la fin du XIXe siècle. Il demeure un témoignage précieux des arts décoratifs de son temps, et de la manière dont l'architecture, même la plus conventionnelle en apparence, pouvait celer des trésors de raffinement et d'expression culturelle.