2, rue de Poumon, Strasbourg
L'édifice sis au 2, rue du Poumon, à Strasbourg, se présente à l'observateur avec la discrétion d'une architecture qui, sans jamais clamer son originalité, témoigne d'une époque et d'une certaine conception de l'urbanité. Son inscription au titre des monuments historiques, dès 1929, suggère davantage une reconnaissance de sa représentativité que de son audace formelle. Nous sommes ici face à une expression du goût bourgeois de la fin du XIXe siècle, début du XXe, une période où Strasbourg, sous administration impériale allemande, voyait se développer un urbanisme rigoureux et des façades aux aspirations éclectiques. Cet immeuble, dont l'identité stylistique flirte entre un néo-classicisme assagi et des touches d'historicisme prudent, utilise avec régularité le grès des Vosges, matériau emblématique de la région. Sa façade, d'une composition équilibrée, ne déroge pas aux canons de l'ordonnancement vertical. Les travées s'y succèdent avec une ponctuation de baies rectangulaires, dont les encadrements, discrètement ouvragés, portent la marque d'un artisanat soucieux du détail sans verser dans l'exubérance. On peut y déceler un certain flegme, une retenue presque protestante, qui tranche avec les excentricités florales de l'Art nouveau triomphant ailleurs en Europe. L'interaction entre le plein de la maçonnerie et le vide des ouvertures s'opère avec une logique prévisible, offrant une lumière calculée aux intérieurs sans jamais compromettre la solidité visuelle de l'ensemble. Les balcons, souvent minces, se parent de ferronneries sobres, leur motif géométrique servant de modeste ornementation. Il ne s'agit point ici d'une architecture cherchant à interpeller, mais plutôt à s'intégrer harmonieusement dans un tissu urbain alors en pleine restructuration. Quelques érudits locaux murmurent que l'architecte, un certain Herr Schmidt ou Monsieur Dupont, selon les archives disparues, aurait été plus préoccupé par la conformité aux règlements municipaux et la satisfaction d'un commanditaire aux moyens confortables mais aux goûts conservateurs, que par une quelconque révolution esthétique. L'anecdote, si elle est avérée, ne ferait que confirmer l'impression d'une œuvre ancrée dans son temps, reflétant les compromis inhérents à toute commande privée. La réception de l'œuvre fut, sans doute, celle du passant indifférent ou de l'habitant satisfait de son adresse. Elle ne provoqua pas les débats houleux que d'autres réalisations contemporaines suscitaient. C'est une architecture du quotidien, bien faite, honnête dans son exécution, mais dénuée de la tension conceptuelle qui fait les grands monuments. Son intérêt réside précisément dans cette modestie éloquente, ce témoignage silencieux d'un fragment de l'histoire strasbourgeoise, figé à l'angle d'une rue au nom curieusement évocateur.