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Aqueduc Médicis:regard de Gentilly

Aqueduc Médicis:regard de Gentilly

Rue de Freiberg, Gentilly

L'Envolée de l'Architecte

La question de l'approvisionnement hydrique de la capitale, particulièrement de sa rive gauche, fut longtemps une préoccupation d'une urgence des plus prosaïques, bien avant que la magnificence des jardins royaux n'en fasse un impératif esthétique. C'est dans ce contexte que s'inscrit l'aqueduc Médicis, une entreprise qui, au-delà de sa fonction utilitaire, révèle les ambitions d'une régente, Marie de Médicis, soucieuse d'orner son Palais du Luxembourg de la fluidité nécessaire à ses fontaines, tout en pourvoyant, du même mouvement, aux besoins plus modestes de la population. Une motivation résolument pragmatique, couronnée par la pose solennelle de la première pierre en 1613 par un jeune Louis XIII, signalant l'importance dynastique d'un tel chantier. Œuvre majeure des ingénieurs Jean Coingt, puis Jean Gobelain, et pour sa partie la plus visible, de Thomas Francine et Louis Métezeau, cet ouvrage fut mis en service dès 1623. Son tracé, en grande partie souterrain – une galerie voûtée de meulière et caillasse d'environ un mètre de large sur 1,75 mètre de hauteur, dotée d'une cunette centrale pour l'écoulement gravitaire – démontre une ingénierie hydraulique remarquable pour l'époque. Cette discrétion spatiale contraste singulièrement avec les aqueducs ultérieurs qui s'arrogeront l'espace en surface. L'aqueduc Médicis, lui, s'inscrit dans le tissu urbain et rural par une servitude de trente mètres, invisible et contraignante, imposée aux propriétés privées qu'il traverse en sous-sol. Seuls des éléments ponctuels signalent son parcours et sa fonction. Parmi ces ponctuations, les regards sont des édicules maçonnés, véritables puits d'accès équipés d'escaliers et de bassins de décantation, jalonnant le parcours. Ils constituent des points névralgiques pour l'inspection et l'entretien de la galerie, mais également pour l'oxygénation de l'eau, une touche de sophistication sanitaire. Le plus emblématique de ces points de distribution fut la Maison du Fontainier, avenue de l'Observatoire. Ce pavillon ne se contentait pas d'abriter le responsable de l'aqueduc ; il était le centre névralgique d'une répartition des eaux d'une complexité toute monarchique, entre le roi, la Ville et les communautés religieuses, sans omettre la vente lucrative de concessions de débit à des particuliers fortunés. Un modèle économique bien ancré dans les mœurs de l'Ancien Régime. La principale expression architecturale de l'aqueduc en surface demeure le pont-aqueduc d'Arcueil-Cachan. Ce franchissement de la vallée de la Bièvre, long de 379 mètres et haut de près de 19 mètres, est une démonstration de maçonnerie robuste, composée de massifs encadrant dix-huit travées, dont neuf percées d'arcades en plein cintre. Son emplacement n'est pas anodin, superposant la mémoire d'un aqueduc de Lutèce gallo-romain et préfigurant l'aqueduc de la Vanne qui le surplombera au XIXe siècle, offrant ainsi une lecture stratigraphique de l'ingénierie hydraulique sur près de deux millénaires. Une continuité fonctionnelle plus qu'une innovation esthétique. Initialement alimenté par les sources de Rungis, dont la limpidité était vantée, l'aqueduc connut, au gré de l'urbanisation galopante du XXe siècle, une altération progressive de la qualité de ses eaux. Ce qui fut jadis une bénédiction de pureté est aujourd'hui une ressource dont la potabilité est remise en question, reléguant cet ouvrage à un témoignage de l'histoire de la gestion des fluides et des compromis imposés par l'expansion métropolitaine.