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Hôtel Daviel

Hôtel Daviel

Place Daviel, Marseille

L'Envolée de l'Architecte

L'Hôtel Daviel à Marseille n'est pas né d'une vision audacieuse, mais plutôt d'une contrainte et d'un pragmatisme municipal. Érigé entre 1743 et 1747 par les frères Gérard, il fut le fruit d'un compromis financier notable : la ville dut assumer les frais de construction d'un nouveau palais de justice après que le trésor royal se fut dérobé à ses responsabilités. Son emplacement même, sur les fondations de l'ancien tribunal de 1576, jugé insuffisant au début du XVIIIe siècle, témoigne de cette économie de moyens, bien que l'acquisition d'une parcelle mitoyenne pour vingt mille livres ait permis une légère expansion. Pour financer l'opération, la municipalité, dans un geste révélateur des priorités de l'époque, imposa une surtaxe sur le blé vendu en ville. Cet édifice, qui fut un temps le plus important et le plus curieux de Marseille selon un voyageur hollandais de 1649 pour son prédécesseur, est aujourd'hui connu sous le nom de Daviel, en hommage au chirurgien et ophtalmologue Jacques Daviel, qui s'illustra lors de l'épidémie de peste de 1720. La façade sur la place Daviel offre une ordonnance d'une sobriété étudiée, caractéristique des belles demeures provençales du XVIIIe siècle. Des pilastres à chapiteaux ioniques animent la composition, encadrant un avant-corps en légère saillie couronné d'un fronton triangulaire. C'est une architecture qui privilégie la mesure et l'équilibre, loin des exubérances baroques, mais avec une élégance certaine et une clarté des lignes. L'étage noble se distingue par un balcon en ferronnerie délicate, dont les motifs dit à la marguerite ajoutent une touche de finesse décorative adoucissant la rigueur de l'ensemble. Le fronton, œuvre du sculpteur Jean-Michel Verdiguier, dépeint une déesse chevauchant un lion, entourée d'enfants, dont l'un présente l'écusson de Marseille et les tables de la loi, rappelant ainsi la fonction première du bâtiment. D'autres éléments sculptés, comme les putti initialement porteurs des armes royales, puis modifiés pour afficher le blason de la ville, ou les panneaux sous les fenêtres du second étage illustrant la main de la justice et la torche de Thémis, la déesse de la Loi, soulignent avec insistance la vocation judiciaire des lieux. Classé Monument historique en 1945, l'édifice traversa les âges, témoin silencieux des drames de la justice, notamment les nombreux arrêts de mort prononcés en ses murs durant la Terreur révolutionnaire de 1793 et 1794, événements qui laissèrent une empreinte sombre sur son histoire. Après avoir servi de palais de justice jusqu'en 1862, puis d'école de médecine, il fut miraculeusement épargné par les destructions massives du quartier du Vieux-Port par les Allemands en 1943. Aujourd'hui, bien que ses fonctions aient évolué pour abriter des services annexes de la mairie, son histoire se poursuit, intégrée et non plus isolée, depuis sa liaison souterraine en 2006 au complexe de l'Hôtel de Ville et de l'Espace Bargemon, achevant ainsi sa discrète mais persistante mutation civique.