151bis rue Saint-Jacques, Paris 5e
L'Hôtel Lepas-Dubuisson, niché au 151 bis de la rue Saint-Jacques, se présente comme un exemple archétypal de la complexité pragmatique de l'urbanisme parisien au XVIIIe siècle. Son histoire même est une illustration éloquente des aléas de la spéculation foncière et des destins qui y sont liés. Érigé sur des parcelles détachées de l'ancienne porte Saint-Jacques, démantelée en 1684, cet ensemble fut acquis en 1717 par l'architecte Claude-Nicolas Lepas-Dubuisson. Sa faillite, tragédie personnelle et professionnelle, força la vente du bien inachevé. Une certaine ironie, peut-être, que le destin d'un architecte soit ainsi mis en lumière par l'échec de sa propre entreprise. C'est Nicolas Le Camus, alors major des gardes de la Ville, qui en fit l'acquisition par voie de saisie en 1727, achevant ainsi un édifice qui allait devenir le berceau d'une lignée plus illustre dans l'art de bâtir : son fils, Nicolas Le Camus de Mézières, théoricien et architecte renommé, dont l'œuvre marquera la fin du siècle. On peut supposer que l'environnement familial, même issu d'une acquisition opportuniste, a pu ensemencer chez le fils un certain goût pour la composition et l'ordonnancement. L'édifice conjugue la fonction commerciale et la résidence privée, une typologie urbaine courante à l'époque pour optimiser le rendement foncier. L'immeuble sur rue, avec ses deux locaux commerciaux au rez-de-chaussée et ses appartements aux étages supérieurs, arbore une façade sobre, rehaussée par l'ornementation classique des mascarons, dont un Apollon juvénile qui anime la fenêtre centrale du premier niveau. Le passage cocher, artère indispensable de cette organisation, mène à une cour intérieure. Son importance est soulignée par le balcon qui le surplombe, soutenu par des consoles sculptées et agrémenté d'une grille en fer forgé, discrètement frappée des chiffres entrelacés de Nicolas Le Camus et de son épouse, Geneviève Carbonnet. Cette discrète affirmation de propriété et d'union familiale est une touche d'intimité dans l'espace semi-public. Au-delà de cette façade transactionnelle se déploie l'hôtel particulier, entre cour et jardin, ce dernier s'étirant jusqu'à l'arrière de l'actuelle Mairie du 5e arrondissement. Ses façades reprennent le motif des mascarons, assurant une cohérence esthétique à l'ensemble. À l'intérieur, l'escalier principal révèle une rampe en fer forgé aux volutes élégantes, caractéristique du style Régence, période de transition où la légèreté succède à la grandiloquence du Grand Siècle. Les boiseries d'origine, précieusement conservées, participent à cette atmosphère de raffinement discret. Sur le jardin, un balcon orné de quatre consoles sculptées, reprenant les motifs de mascarons et de feuillages, offre une perspective sur un espace de verdure, précieux dans le tissu urbain dense. La présence d'une margelle de puits de grande profondeur dans la cour rappelle par ailleurs les contingences techniques liées à l'approvisionnement en eau sur la Montagne Sainte-Geneviève, soulignant la dimension éminemment pratique de l'architecture, même la plus distinguée. Cet hôtel, sans ostentation excessive, témoigne d'une période de transition stylistique et sociale, où la fortune et le bon goût se mêlaient aux nécessités du commerce et aux ambitions familiales.