rue Saint-Jacques rue de l'Abbé-de-l'Épée, Paris 5e
Quelque peu singulière, cette Église Saint-Jacques-du-Haut-Pas se distingue d'emblée par son chœur orienté vers l'ouest, une inversion planifiée au XVIIe siècle, fort peu canonique pour un édifice religieux parisien. Cette singularité n'est qu'un prélude à une histoire architecturale émaillée de contraintes, de compromis et de réaffectations successives, révélant un palimpseste de doctrines et de styles. Ses origines modestes remontent à 1180, en tant que commanderie des frères hospitaliers d'Altopascio, dont le nom, évocateur d'un « haut pas » franchi sur l'Arno, confère à l'édifice une identité liée au pèlerinage. Après une existence séculaire comme modeste hospice, puis le passage des Bénédictins de Saint-Magloire et des Oratoriens, qui y établirent le premier séminaire de France, l'édifice, initialement une chapelle devenue trop exiguë, dut être agrandi. Les travaux de la seconde église, lancés en 1630 sous l'égide de Gaston d'Orléans, furent d'une lenteur exaspérante, entravée par la modeste fortune des paroissiens. L'on y décèle aisément les stigmates de ces difficultés : une voûte gothique initialement envisagée mais jamais réalisée, des matériaux et une main-d'œuvre parfois offerts, autant de marques d'un pragmatisme contraint par les réalités économiques. Le rôle de l'église dans la diffusion du jansénisme est une de ses facettes les plus notables. Dès 1625, la proximité avec l'annexe de Port-Royal des Champs, foyer de ce mouvement austère, forgea des liens étroits. L'inhumation de l'abbé de Saint-Cyran, Jean Duvergier de Hauranne, transforma son tombeau en un discret lieu de pèlerinage. C'est l'influente duchesse de Longueville, figure majeure du jansénisme, qui, par ses dons substantiels à partir de 1675, permit la relance des travaux. Daniel Gittard, architecte du chœur de Saint-Sulpice, fut alors chargé d'une façade qui, malheureusement, ne fut jamais intégralement conforme à ses desseins, n'accueillant qu'une seule des deux tours prévues, et encore, rehaussée d'un étage supplémentaire. La chapelle de la Vierge, ajoutée par Libéral Bruant, l'illustre bâtisseur des Invalides, vint parachever un ensemble où l'ambition architecturale se heurtait inlassablement aux contingences financières. Le XVIIIe siècle et la Révolution n'épargnèrent pas l'édifice, qui connut le pillage avant de devenir, un temps, le « temple de la Bienfaisance », partageant son espace entre catholiques et théophilanthropes, un témoignage singulier des bouleversements religieux et culturels de l'époque. Le XIXe siècle, cherchant à effacer la sobriété janséniste, offrit un apparat plus opulent. Des éléments, comme le buffet d'orgue et la chaire, provenant de l'église Saint-Benoît-le-Bétourné, rasée pour la Sorbonne, furent opportunément recyclés. Ces pièces, dont le buffet remonte à 1587, dotent l'église d'un patrimoine organistique d'une rare ancienneté pour Paris. Les tombeaux de figures intellectuelles telles que l'astronome Jean-Dominique Cassini ou le mathématicien Philippe de La Hire rappellent l'ancrage de l'église au sein d'un quartier érudit. Plus récemment, c'est dans ses murs que François Truffaut a tourné des scènes de "L'Enfant sauvage" en 1969, conférant à ce lieu une discrète postérité cinématographique. Saint-Jacques-du-Haut-Pas demeure ainsi un édifice aux strates multiples, moins grandiose qu'éloquent, racontant par ses pierres les aléas d'une histoire religieuse et urbaine.