26 rue des Francs-Bourgeois, Paris 3e
L'Hôtel Mortier de Sandreville, ou plutôt l'agrégat sédimentaire que ce nom composite désigne, témoigne avec une certaine placidité des vicissitudes du temps et de la propriété parisienne. Édifié en 1585 par Claude de Mortier, notaire et secrétaire du roi, sur des parcelles de l'ancien et vaste Hôtel Barbette – lui-même relique d'une autre époque fastueuse et dont le nom survit dans une rue voisine –, l'intention première était celle d'une demeure surpassant en envergure le voisinage, y compris le célèbre Hôtel Carnavalet, alors en pleine efflorescence. Une ambition discrète, ou du moins, dont la grandiloquence se serait dissoute au fil des siècles. Les terrains, issus des héritières de Diane de Poitiers, furent un socle privilégié pour cette édification initiale. Le morcellement inéluctable du patrimoine par la succession en réduisit l'intégrité. C'est la partie orientale, érigée vers 1630 par Marie Mortier et Pierre Le Berche, qui seule a subsisté, la portion occidentale ayant, elle, été sacrifiée à l'urbanisme opportuniste de 1826. Un sort commun à bien des constructions parisiennes, où le passé n'est qu'un socle plus ou moins stable pour les métamorphoses futures. Les pérégrinations de la propriété sont révélatrices des fortunes fluctuantes. Alphonse Le Berche de Sandreville, qui donna son appellation actuelle à l'hôtel, fut contraint de le céder en 1638, illustrant que la noblesse du nom ne garantissait pas la pérennité financière. L'acquéreur, Guillaume Cornuel, trésorier général, et son épouse Anne Bigot – dont le salon fut réputé pour sa préciosité intellectuelle et la vivacité de ses esprits –, y apportèrent une autre forme de prestige, plus mondaine et éphémère. Mais ce sont les Vallier-Le Mairat qui, en 1767, orchestrèrent une transformation plus visible, refaçonnant la façade sur rue et surélevant l'ensemble d'un étage. Cette intervention du XVIIIe siècle, sans doute guidée par le goût néoclassique alors en vogue, juxtapose une nouvelle ordonnance à l'austérité subsistante de l'édifice originel, créant ainsi une dissonance historique à peine perceptible pour l'œil non averti, mais significative pour l'archéologue du bâti. Le classicisme tardif vient ici habiller une ossature plus ancienne, sans pour autant l'effacer, trahissant un compromis entre le souhait d'apparaître au goût du jour et la réalité économique d'une rénovation plutôt qu'une reconstruction totale. Confisqué à la Révolution, l'hôtel connut une série de propriétaires hétéroclites, accueillant même temporairement l'École des Francs-Bourgeois au XIXe siècle, avant d'être finalement classé monument historique en 1981. Cette reconnaissance tardive, près de quatre siècles après sa fondation, souligne souvent une sorte de réhabilitation mémorielle, où l'esthétique du passé, longtemps ignorée ou dépréciée, retrouve enfin ses lettres de noblesse. Aujourd'hui propriété privée, l'Hôtel Mortier de Sandreville se dérobe au regard curieux, offrant sporadiquement l'accès à sa cour, un privilège rare qui ne fait qu'accentuer son caractère de vestige préservé dans l'effervescence urbaine. Il demeure un exemple discret, mais éloquent, de la stratification architecturale parisienne, où chaque pierre, chaque modénature, raconte une époque et une fortune.