Voir sur la carte interactive
Hôtel Olive

Hôtel Olive

49-51 cours Pierre-Puget 28 rue Roux-de-Brignoles, Marseille

L'Envolée de l'Architecte

L'Hôtel Olive, désormais figé dans son statut de monument historique, offre un aperçu modeste de la vie bourgeoise marseillaise au XVIIIe siècle. Érigé au cours de la seconde moitié de ce siècle, il témoigne de ces fortunes bâties sur le négoce du bois et la propriété foncière, des richesses qui se manifestaient avec une certaine retenue, loin des ostentations parfois plus flamboyantes d'autres régions. L'édifice, probablement ordonnancé selon les principes alors en vogue, présentait sans doute une façade sur rue d'une sobriété étudiée, dissimulant l'ordonnancement plus intime d'une cour d'honneur et des corps de logis disposés avec une logique à la fois fonctionnelle et représentative. Les lignes devaient être nettes, les ouvertures équilibrées, révélant un classicisme local, dépouillé de tout excès ornemental qui aurait pu paraître incongru pour des négociants. Les travaux d'embellissement menés ultérieurement par Camille Olive, au tournant du XIXe siècle, suggèrent une actualisation du goût, peut-être l'intégration de quelques éléments plus conformes aux esthétiques émergentes ou simplement une amélioration du confort de l'époque. Ces interventions, souvent subtiles dans le bâti ancien, participent à la lecture stratifiée de l'histoire d'une demeure. Il est d'ailleurs notable que ce même Camille Olive, dont l'existence fut sans doute ponctuée par ces embellissements domestiques, consacra une part non négligeable de sa fortune à l'érection d'un tombeau des plus singuliers au cimetière Saint-Pierre. Œuvre de Pascal Coste, architecte et orientaliste avisé, ce monument funéraire, par ses céramiques polychromes et son inspiration lointaine, offre un contraste saisissant avec la relative discrétion de la demeure familiale. Cette évocation orientaliste, si prisée au XIXe siècle, révèle une curiosité pour l'ailleurs, une quête d'exotisme dans le lieu du repos éternel, bien différente de la rationalité mercantile ayant présidé à la construction de l'hôtel. Coste, ayant parcouru l'Égypte et la Perse, injectait dans ses créations funéraires une poésie que l'architecture domestique marseillaise, plus pragmatique, n'autorisait que rarement. Ce partage entre l'utile et le symbolique, le privé et le commémoratif, illustre la complexité des aspirations d'une certaine élite bourgeoise. L'hôtel, en somme, demeure une coquille discrète, presque effacée, dont l'intérêt repose davantage sur ce qu'il évoque des vies passées que sur une flamboyance architecturale manifeste. Son inscription tardive aux monuments historiques, en 2016, souligne peut-être moins une redécouverte fulgurante de ses qualités plastiques qu'une reconnaissance de son témoignage silencieux d'un certain art de vivre marseillais, désormais figé pour la postérité, mais dont l'aura reste somme toute discrète.