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Hôtel de Montalivet

Hôtel de Montalivet

58 rue de Varenne, Paris 7e

L'Envolée de l'Architecte

L'Hôtel de Montalivet, érigé entre 1736 et 1737 au 58 de la rue de Varenne, incarne une certaine discrétion, voire une modestie revendiquée, de l'hôtel particulier parisien du XVIIIe siècle. Il n'appartient point à la lignée des créations ostentatoires, mais plutôt à celle d'une élégance mesurée, caractéristique d'une période où la fortune et le rang cherchaient moins à éblouir qu'à asseoir une présence durable dans le faubourg Saint-Germain, alors en pleine expansion aristocratique. L'œuvre est attribuée à Pierre Boscry, architecte dont le nom n'a point l'éclat des Boffrand ou des Gabriel, mais qui sut manifester une compétence honorable dans l'ordonnancement d'un tel édifice pour Marguerite Paule de Grivel d'Orrouer, marquise de Feuquières. Son père, Charles Boscry, et l'ornemaniste Nicolas Pineau furent également sollicités pour l'enrichissement intérieur, bien qu'il faille déplorer l'apparente disparition des traces de l'intervention de ce dernier, figure emblématique du rocaille. Cette absence témoigne, non sans une pointe de mélancolie, de la fragilité des modes décoratives face aux remaniements successifs. La façade sur rue, malheureusement défigurée par des altérations du XIXe siècle – une époque dont le goût pour la « modernisation » relève parfois de la déplorable cécité architecturale –, ne permet plus d'apprécier pleinement la sobre dignité de l'ordonnancement original. Cependant, le classement aux Monuments Historiques, excluant précisément ces ajouts postérieurs et se concentrant sur les façades et toitures des bâtiments, le vestibule du rez-de-chaussée, ainsi que l'escalier principal avec sa cage, nous invite à reconstituer mentalement la grandeur des espaces intérieurs. Ces éléments protégés révèlent la conception d'une distribution raffinée, où le vestibule sert de transition solennelle vers l'escalier, pivot de la circulation verticale et marqueur incontestable de prestige et de hiérarchie des salons. L'histoire de l'Hôtel de Montalivet est aussi celle de ses occupants successifs : les La Rochefoucauld-Liancourt, les Calmann-Lévy, le comte Eugène-Auguste Caffarelli, la famille Montalivet, et même un certain George W. Vanderbilt, figures diverses qui ont imprimé leurs marques, subtiles ou moins, sur le lieu. L'acquisition par l'État en 1947, pour en faire une annexe de l'Hôtel de Matignon, situé opportunément en face, consacre une forme de « nationalisation » de l'élégance privée, le transformant d'une demeure d'apparat en un appendice administratif. Il est souvent le destin de ces demeures d'exception que de passer du faste mondain à une utilité plus prosaïque, non sans une certaine ironie du sort. Ainsi, l'Hôtel de Montalivet, malgré les vicissitudes stylistiques et les appropriations fonctionnelles, demeure un témoignage éloquent, quoique discret, d'un art de vivre et d'une conception de l'habitat urbain propres au siècle des Lumières, et dont les vestiges les mieux préservés se dérobent au regard superficiel, récompensant ceux qui savent lire au-delà des façades refaites et des changements d'affectation.