4 rue Chapon, Paris 3e
L'Hôtel Passart, ou plus précisément l'hôtel de Claude Passart, qui curieusement porte aussi le nom du célèbre corsaire Jean Bart sans que ce dernier n'y ait jamais jeté l'ancre, se révèle être un spécimen architectural caractéristique du début du XVIIe siècle parisien. Érigé en 1620 par Gabriel Soulignac pour un financier en pleine ascension, Claude Passart, notaire et secrétaire du roi, cet édifice témoigne de l'ambition sociale de cette nouvelle élite qui, par la pierre, affirmait son rang. Le choix de Soulignac, architecte compétent mais rarement auréolé de la postérité des grands noms, est révélateur d'une époque où la commande était souvent pragmatique, privilégiant la fonctionnalité et la dignité mesurée à l'extravagance. L'emplacement, à l'angle des rues Chapon et du Temple, sur des parcelles acquises et remaniées, signale une démarche volontariste d'insertion urbaine. L'ordonnancement de l'hôtel suit la typologie classique de l'hôtel particulier parisien, avec un corps de logis principal s'inscrivant « entre cour et jardin », une disposition qui orchestre une gradation de l'espace, du public au privé. Le corps principal, élevé sur trois niveaux et scandé de cinq travées, présente une façade d'une sobriété étudiée, dont les fenêtres du premier étage – l'étage noble – sont sobrement coiffées de frontons triangulaires. C'est un vocabulaire classique naissant, emprunté avec une certaine retenue, loin des exubérances baroques qui devaient suivre. Les matériaux, s'ils ne sont pas explicitement mentionnés, devaient sans doute combiner la pierre de taille pour les encadrements et chaînages, et la brique pour les remplissages, conférant cette bichromie typique de l'architecture Louis XIII. L'aile nord, plus discrète et invisible depuis la rue, abrite une galerie de quatre travées dont le rythme est donné par des colonnes doriques jumelées. Ces fûts austères, porteurs d'un classicisme rigoureux, ont malheureusement vu leur intégrité altérée par une réaffectation prosaïque en bureaux, entraînant leur fermeture par des vitrages, une transformation banalisant une composition pourtant soignée. L'histoire plus contemporaine de l'hôtel est celle de son adaptation forcée : après une période d'activités industrielles au XIXe siècle, qui a vu une partie de son jardin disparaître sous d'autres constructions et sa façade sur jardin détruite, il fut l'objet d'une « reconstitution » lors de sa restauration dans les années 1990. Cette démarche, si elle a permis de retrouver une certaine cohérence formelle, pose la question délicate de l'authenticité face à la reconstruction. L'inscription aux Monuments Historiques en 1984 atteste néanmoins de la reconnaissance tardive de sa valeur patrimoniale, au-delà des transformations et de l'anachronisme nominal qui s'y attache.