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Hôtel Chanac de Pompadour

Hôtel Chanac de Pompadour

142 rue de Grenelle, Paris 7e

L'Envolée de l'Architecte

Au cœur du Faubourg Saint-Germain, le 142 de la rue de Grenelle abrite l'Hôtel de Besenval, aujourd'hui siège discret de l'Ambassade de Suisse. Son origine, remontant à 1704, révèle une composition initiale de plain-pied, commanditée par Pierre Chanac Hélie de Pompadour à l'architecte Pierre-Alexis Delamair. Cette configuration, privilégiant une circulation horizontale et une certaine intimité, est caractéristique d'une période où la commodité commençait à tempérer la grandiloquence des hôtels princiers. L'esthétique première, sans être ostentatoire, s'intègre harmonieusement dans le tissu urbain naissant du faubourg. L'édifice connut une transformation significative sous la houlette de Pierre Victor, baron de Besenval, officier suisse au service de la France et figure influente de la Cour. Acquérant l'hôtel en 1767, Besenval confia à Alexandre-Théodore Brongniart, architecte du temps, la tâche d'y inscrire sa marque. À partir de 1782, Brongniart ajouta à la structure existante une salle à manger, une galerie pour les collections du baron, et surtout, un nymphée en sous-sol. Cette salle de bain d'apparat, conçue comme une halle à l'antique, témoignait d'une certaine complaisance pour le faste et d'une aspiration à l'exotisme néoclassique alors en vogue. L'espace était orné de bas-reliefs érotiques de Clodion, œuvres aujourd'hui décontextualisées et abritées au Louvre. L'anecdote entourant ce nymphée, qui fit sensation mais dont l'usage fut éphémère et peu propice aux ébats, se soldant par la pneumonie d'un soldat de la garde, souligne l'ironie d'une architecture plus pensée pour l'apparat que pour la fonction. C'était une démonstration de richesse et d'excentricité, dont la fonction pratique restait manifestement secondaire. Le destin de Besenval, intimement lié à la Révolution qu'il tenta en vain de contenir en tant que commandant militaire de Paris, le mena à la fuite puis à une arrestation rocambolesque, évitant de justesse le sort funeste grâce à l'intervention de Necker. Il léga sa résidence à son fils illégitime, Joseph-Alexandre de Ségur, un détail qui éclaire les mœurs et les arrangements familiaux de l'époque. Plus tard, vers 1866, l'hôtel, alors propriété de la famille de Montholon-Sémonville, connut une surélévation d'un étage et la réfection de sa charpente par l'architecte Chabrier. Cette altération de la volumétrie initiale révèle les compromis fréquemment acceptés entre la conservation de l'esprit originel et les impératifs fonctionnels d'accroissement de l'espace. La façade, telle que nous la percevons aujourd'hui, est donc le fruit de ces strates historiques, un palimpseste architectural. Acquis par la Confédération suisse en 1938, l'hôtel de Besenval devint légation, puis ambassade. Une rénovation d'envergure, incluant l'ajout d'une aile ouest par Moreillon et Taillens, adapta le lieu aux exigences diplomatiques, apportant une sobriété fonctionnelle qui tranche avec la légèreté de ses origines. Si les boiseries et l'ameublement Louis XV et Louis XVI subsistent dans les pièces de réception, rappelant l'opulence passée, une tapisserie des Gobelins du XVIIe siècle, représentant le renouvellement de l'alliance franco-suisse, ancre désormais le lieu dans une histoire plus solennelle et diplomatique. L'édifice, classé monument historique dès 1928, offre ainsi un témoignage complexe des évolutions des modes de vie, des fortunes et des fonctions, sous l'œil attentif d'une histoire parisienne qui ne cesse de se réinventer.