18 quai de Béthune, Paris 4e
L'Hôtel de Comans d'Astry, sis au quai de Béthune sur l'île Saint-Louis – jadis connue sous le nom plus bucolique d'île Notre-Dame et son quai Dauphin – se présente comme un spécimen éloquent de l'architecture classique française du XVIIe siècle, dont l'identité paternelle fut, un temps, sujette à de savantes arguties. Les attributions successives, oscillant entre Pierre Le Muet et une mention erronée de Jean Androuet du Cerceau, ont finalement cédé le pas, par une heureuse réexploration des documents d'archives, à la reconnaissance formelle de Louis Le Vau comme maître d’œuvre principal, du moins à partir de 1645. Une paternité non des moindres, si l'on considère la trajectoire fulgurante de cet architecte, alors en pleine ascension, qui conférait déjà à ces commandes privées une discrète mais certaine noblesse, prélude à des réalisations de plus vaste envergure. Commandité entre 1644 et 1647 par Thomas de Comans d'Astryl, conseiller et maître d'hôtel ordinaire du Roi – un titre qui, à l'époque, dénotait une position enviable et une ambition sociale non négligeable – l'hôtel s'inscrit pleinement dans la fièvre bâtisseuse qui transforma l'île en un quartier de prédilection pour une élite soucieuse de s'établir avec distinction. L'aménagement de ces îlots offrait aux architectes l'occasion de composer avec des contraintes urbaines nouvelles, souvent en bord de Seine, permettant de développer des façades sur quai d'une certaine dignité, même si Le Vau se montrait alors encore contenu par les conventions. L'hôtel déploie une esthétique où la symétrie, la proportion et une retenue ornementale s'affirment. La dialectique entre le plein des murs de pierre calcaire appareillée et le vide ordonnancé des ouvertures crée une façade sur quai qui, bien que partiellement modifiée au XVIIIe siècle, conserve une austérité et une élégance caractéristiques. Les façades sur cour, inscrites avant celle sur rue aux Monuments Historiques dès 1926, révèlent l'articulation traditionnelle de ces demeures : une porte cochère souvent sobre s'ouvrant sur une cour d'honneur, espace de transition et de représentation, avant l'accès au corps de logis principal. Le grand vestibule, protégé plus tardivement en 1999, atteste de cette progression spatiale typique d'une conception où l'intimité et le faste se côtoient, du domaine public de la rue à l'enceinte privée de l'hôtel. Au-delà de sa genèse architecturale, l'hôtel connut diverses fortunes. Il échut notamment au duc de Richelieu, figure de la cour et petit-neveu du Cardinal, ajoutant une couche d'illustre patronage à son histoire. Des siècles plus tard, son atmosphère feutrée accueillit la dernière demeure de Francis Carco en 1958, conférant à ce lieu de puissance passée une ultime résonance littéraire et légèrement mélancolique. La reconnaissance tardive, par étapes, de sa valeur patrimoniale — avec des protections successives qui s'étalent sur près de soixante-treize ans — souligne combien l'appréciation de ces édifices, parfois éclipsés par des monuments plus ostentatoires, est un processus continu, une réévaluation constante des canons esthétiques et historiques qui animent le regard porté sur notre héritage.